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Des opposants réclament un recul de Québec pour la maternelle à 4 ans

Des opposants réclament un recul de Québec pour la maternelle à 4 ans
Photo: Métro

MONTRÉAL — Un front commun formé d’organisations représentant des services de garde éducatifs et des intervenantes en petite enfance exhortent le gouvernement Legault à reculer sur le déploiement universel de la maternelle pour les enfants de 4 ans, une mesure décrite comme de la «poudre aux yeux» par des élus des trois partis de l’opposition à Québec.

En conférence de presse, dimanche, le Conseil québécois des services éducatifs de la petite enfance (CQSEPE) et la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) ont fait valoir que les services de garde éducatifs offraient déjà tout ce qu’il faut aux enfants de 4 ans.

Le gouvernement Legault souhaite élargir l’accès à la maternelle aux enfants de 4 ans pour que les troubles d’apprentissage soient dépistés plus tôt, mais selon Francine Lessard, directrice du CQSEPE, les services de garde effectuent déjà ces démarches.

«On fait du dépistage précoce une réalité quotidienne dans les services éducatifs. Il y a de l’observation qui est faite tous les jours, il y a des contacts avec les parents tous les jours», a-t-elle indiqué. 

Les organisations étaient accompagnées de trois députés de l’opposition: la libérale Jennifer Maccarone, le solidaire Vincent Marissal et la péquiste Véronique Hivon, qui n’ont pas mâché leurs mots pour dénoncer le projet du gouvernement, qui selon eux, manque de réalisme, tout en étant illogique.

«Avec ce gouvernement, on se croirait un peu en quelque sorte à Poudlard avec Harry Roberge, qui sort sa baguette magique en disant faites-vous en pas, on va construire des écoles, on va mettre des maternelles 4 ans, il va y avoir plus d’argent», a illustré M. Marissal, faisant référence au roman Harry Potter.

Mme Hivon croit que les services de garde et la maternelle 4 ans devraient être complémentaires. Selon elle, en «mettant tous ses oeufs» dans le panier de la maternelle 4 ans, le gouvernement fait fausse route.

«Quand on parle de vrai choix, mais qu’on investit 700 millions $ dans le seul projet des maternelles 4 ans sans compter les investissements en infrastructure et qu’on n’a pas entendu un mot sur l’importance de consolider le réseau des services éducatifs à la petite enfance (…) c’est quoi le message qu’on envoie?»

La députée Jennifer Maccarone dit être un «exemple» pour prouver que le dépistage précoce fonctionne dans les Centres de la petite enfance. Ses deux enfants, atteints du trouble du spectre de l’autisme, avaient été dépistés en CPE à l’âge de 3 ans.

«Pourquoi dire qu’on va investir dans la maternelle 4 ans au sein de nos écoles quand on peut investir dans notre réseau de garde qui est réputé mondialement, qui, on le sait, répond déjà aux besoins de nos enfants?», a-t-elle soutenu.

Excuses du premier ministre

Le CQSEPE et la FIPEQ-CSQ la réclament aussi des excuses de la part du premier ministre François Legault, qui a semblé dévaluer les compétences des techniciens de garde en chambre cette semaine.

«C’est quoi, le problème de dire aux parents : Vous avez le choix entre une garderie avec deux tiers d’employés qui sont des techniciens de garde ou une maternelle quatre ans, des enseignants avec toute l’équipe de spécialistes de l’école primaire?», a déclaré le premier ministre en chambre, jeudi dernier.

Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ-CSQ, a dénoncé ces propos «dénigrants et méprisants».

«On dirait une réplique de mononc’ plus âgé, qui nous dit: « Ah, bin toi tu gardes des enfants ». Bin non. On est des intervenantes en petite enfance, on a une formation pour les 0-5 ans», a-t-elle déploré.

Le déploiement universel de la maternelle pour enfants de 4 ans est une promesse importante du premier ministre François Legault. En campagne électorale, il avait même mis son siège en jeu.

Mais selon le front commun, il n’est pas trop tard pour reculer et l’opposition assure qu’elle ne lui reprocherait pas d’avoir trahi une promesse.

«L’idée, ce n’est pas qu’il fasse complètement un 180 degrés, c’est qu’il soit ouvert au débat avec les gens du milieu, les experts», a souligné Mme Hivon.

Vicky Fragasso-Marquis, La Presse canadienne