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Ottawa retardera sans doute une décision sur l’expansion de Trans Mountain

Ottawa retardera sans doute une décision sur l’expansion de Trans Mountain
Photo: Jonathan Hayward/La Presse canadienne

OTTAWA — L’organisme canadien de réglementation de l’énergie dira vendredi au gouvernement fédéral s’il estime toujours qu’il devrait y avoir expansion de l’oléoduc Trans Mountain, mais le dernier mot du cabinet sur l’avenir du projet ne devrait pas intervenir avant l’été.

L’Office national de l’énergie (ONÉ) réévalue l’impact du projet sur la vie marine, y compris les épaulards résidents du Sud qui sont très menacés, après que la Cour d’appel fédérale eut statué l’année dernière que l’approbation de l’ONÉ en 2016 n’avait pas pris en compte de manière appropriée les impacts sur les épaulards de pétroliers additionnels dans les eaux.

Après la livraison du rapport, le cabinet aura 90 jours pour décider si le projet controversé sera mis en oeuvre — un délai que les responsables signalent déjà pourrait être repoussé.

En plus de l’évaluation de l’ONÉ, le ministre des Ressources naturelles Amarjeet Sohi a ordonné une nouvelle série de consultations avec les communautés autochtones.

Ces consultations ont commencé en octobre et 70 communautés ont maintenant rencontré des équipes fédérales, mais il reste plus de 60 communautés qui ne l’ont pas encore fait.

Il n’y a aucune date limite pour la tenue de ces consultations, mais des responsables du bureau de M. Sohi ont dit à La Presse canadienne qu’une décision finale sur le projet ne serait pas prise tant qu’elles ne seront pas finies.

Le gouvernement Trudeau subit des pressions pour conclure ce dossier avant les élections fédérales de l’automne. Ottawa est aussi contraint d’agir étant donné qu’il acheté l’oléoduc pour la somme de 4,5 milliards $ en août.

Réflexions sur les épaulards du Sud

L’impact de l’expansion sur les épaulards résidents du Sud — dont seulement 74 espèces subsistent — est au centre des discussions. Les écologistes disent que l’oléoduc rendra leur rétablissement presque impossible.

«Le gouvernement fédéral va-t-il dire que les intérêts économiques liés à l’oléoduc l’emportent sur la présence d’épaulards résidents du Sud dans le paysage?», a déclaré Misty MacDuffee, biologiste à la Raincoast Conservation Foundation.

Les épaulards ont bien commencé l’année avec la naissance d’un nouveau bébé. Deux autres femelles de la population sont enceintes. Mais ces bonnes nouvelles viennent avec une nuance majeure: aucun bébé n’a survécu plus d’un an depuis 2015.

Les épaulards sont affectés par plusieurs facteurs, dont le bruit des bateaux, le déclin des populations de saumon chinook et les contaminants présents dans les eaux usées.

En 2016, l’Office national de l’énergie a conclu que l’élargissement de l’oléoduc Trans Mountain «entraverait davantage» le rétablissement des épaulards, mais a néanmoins donné son feu vert au projet, déclarant que son mandat consistait à examiner les impacts de l’oléoduc lui-même, et non la navigation maritime liée au projet.

Des mesures mises en place

Le ministre des Pêches, Jonathan Wilkinson, n’a pas voulu spéculer sur les conclusion de l’ONÉ, mais il est convaincu que le gouvernement a mis en place suffisamment de nouvelles mesures de protection pour les baleines et les autres espèces marines afin d’atténuer les effets de l’oléoduc.

«Aucun gouvernement n’a jamais pris ce genre de mesures pour tenter de remédier à une espèce en danger telle que l’épaulard du Sud», a-t-il déclaré.

Le Plan de protection des océans, une politique fédérale de 1,5 milliard $ dévoilée en 2016, comprend de nouvelles zones protégées pour les baleine, des mesures pour le rétablissement de leur principale source de nourriture, le saumon quinnat, ainsi que des plans pour réduire le bruit des milliers de bateaux qui passent chaque année près des baleines.

Le plan n’était pas en place lorsque l’Office national de l’énergie a examiné le projet pour la première fois. M. Wilkinson a souligné que le tribunal n’en avait pas tenu compte non plus.

Selon Misty MacDuffee, rien ne peut être fait pour réduire les effets du bruit du bateau sur les épaulards.

Si le gouvernement permet à seulement six navires-citernes supplémentaires de naviguer sur les eaux, cela signifiera que les baleines passeront 95 pour cent du temps en présence des bateaux, au lieu de 85 pour cent du temps, a indiqué Mme MacDuffee.

Mia Rabson, La Presse canadienne