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Québec tiendra un forum sur la santé mentale des jeunes ce printemps

Québec tiendra un forum sur la santé mentale des jeunes ce printemps
Quebec Health and Social Services Minister Danielle McCann responds to reporters questions before question period Tuesday, February 5, 2019 at the legislature in Quebec City. THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot

QUÉBEC — La santé mentale des jeunes sera à l’ordre du jour politique, ce printemps, mais pour un jour seulement.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a annoncé mardi la tenue d’un forum sur le sujet, qui se tiendra durant une seule journée, à une date et un lieu qu’il reste à déterminer.

L’annonce a été aussitôt critiquée par l’opposition libérale, qui a affiché sa vive déception devant le choix du gouvernement de privilégier une formule aussi brève pour aborder une question de société aussi complexe.

Le forum devrait permettre de réunir pendant quelques heures jusqu’à 200 intervenants du secteur de la santé mentale, des experts, des chercheurs, des médecins, mais aussi des jeunes souffrant de troubles mentaux et leur famille.

«Je suis très sensible à cette détresse qui est vécue», a dit la ministre, en Chambre, en procédant à l’annonce par l’intermédiaire d’une déclaration ministérielle. Elle a dit souhaiter que ce forum permettra de trouver des solutions.

Québec dit viser à faire en sorte que les jeunes éprouvant des problèmes de santé mentale obtiennent les services et les soins dont ils ont besoin, ce qui n’est pas toujours le cas actuellement.

On estime qu’un jeune sur cinq souffre de troubles mentaux.

«Je suis très sensible aux problèmes vécus par trop de patients en détresse, abandonnés, qui sortent des urgences avec des pamphlets sans avoir l’accompagnement nécessaire», a commenté la ministre McCann, reconnaissant que les professionnels oeuvrant en santé mentale ne possédaient ni les outils ni les ressources requises pour bien faire leur travail.

Le Plan d’action en santé mentale 2015-2020, annoncé par l’ancien gouvernement libéral, devra donc être bonifié et mis à jour pour mieux répondre aux besoins pour la période 2020-2025, a ajouté la ministre.

«Nous devons dès maintenant commencer nos travaux», a-t-elle dit.

L’opposition libérale fulmine

La députée libérale de Marguerite-Bourgeoys, l’ex-ministre Hélène David, porte-parole en services sociaux, a réagi aussitôt pour afficher sa «grande, grande, grande déception» quant au moyen choisi et à la durée de la consultation.

«C’est une triste journée pour la santé mentale», selon elle.

Récemment, lors d’une entrevue à La Presse canadienne, elle avait dit souhaiter que le gouvernement mène une vaste réflexion sur la santé mentale, qui aurait pu prendre la forme d’une commission parlementaire itinérante, à l’image de celle sur le droit de mourir dans la dignité.

L’idée aurait consisté pour les parlementaires à se déplacer aux quatre coins du Québec, pendant des mois, pour recueillir des témoignages.

Or la ministre fait le contraire: des gens, souvent vulnérables, fragiles, vont devoir se déplacer pour participer au forum et exposer leur détresse devant des centaines de personnes, une aberration selon Mme David.

«Les gens les plus stigmatisés de la société, les plus fragiles, vont devoir se lever puis venir témoigner. Impossible, impensable», selon elle.

La commission itinérante Mourir dans la dignité est passée aux annales dans les années 2000 pour son travail rigoureux de consultation non partisane.

Aux yeux de Mme David, la maladie mentale constitue «le mal du siècle», d’où l’urgence d’agir, selon cette psychologue de formation.

L’opposition péquiste et Québec solidaire ont de leur côté appuyé l’initiative gouvernementale.

Détresse en hausse chez les jeunes

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a récemment fait état d’une hausse alarmante des problèmes de santé mentale chez les jeunes.

Selon les chiffres de l’ISQ, le nombre d’élèves au secondaire ayant un niveau élevé de détresse psychologique a grimpé de huit points de pourcentage en six ans, passant de 21 à 29 pour cent.

Les troubles anxieux sont aussi plus répandus. En 2010-2011, ces problèmes touchaient 9 pour cent des élèves du secondaire. Six ans plus tard, ils étaient 17 pour cent.

Environ 20 pour cent des élèves du secondaire disent avoir reçu un diagnostic du médecin pour un trouble anxieux, une dépression ou un trouble alimentaire.

Et selon les données, les filles sont deux fois plus souvent affectées que les garçons par ces trois troubles mentaux.

Jocelyne Richer, La Presse canadienne