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L’ONÉ donne le feu vert au prolongement de Trans Moutain

L’ONÉ donne le feu vert au prolongement de Trans Moutain
Photo: CANADIAN PRESS/Jonathan Hayward

CALGARY — La ligne de front était déjà en train d’être redessinée, vendredi, à la suite de la nouvelle approbation accordée par l’Office national de l’énergie (ONÉ) à l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain. L’organisme a rendu cette décision après avoir réexaminé l’impact du projet sur la vie marine au large de la Colombie-Britannique.

Le Rapport de réexamen de l’ONÉ convient que le transport maritime associé au projet «serait susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants sur l’épaulard résident du sud, ainsi que sur l’utilisation culturelle de la ressource par les Autochtones». L’Office admet aussi que «les émissions de gaz à effet de serre découlant de ce transport seraient vraisemblablement importantes».

Mais l’Office recommande tout de même au gouvernement fédéral de considérer que les impacts environnementaux «peuvent être justifiés dans les circonstances, vu les avantages considérables du projet et les mesures proposées pour réduire au minimum les incidences», a déclaré le délégué à l’environnement du conseil de l’ONÉ, Robert Steedman, depuis Calgary.

Parmi les avantages énumérés, il a souligné le développement de nouveaux marchés pour le pétrole canadien, la création d’emplois, des retombées économiques liées aux infrastructures et d’importants revenus pour divers paliers du gouvernement.

L’Office imposera 156 conditions au projet s’il était approuvé par le cabinet fédéral, et elle formule également 16 nouvelles recommandations. L’ONÉ précise que ces 16 recommandations portent sur des aspects qui débordent son mandat de réglementation, mais qui relèvent de la compétence d’Ottawa.

L’ONÉ recommande notamment l’adoption de mesures visant à contrer l’augmentation du bruit sous-marin et les risques de collisions entre des navires et des mammifères et poissons marins inscrits dans la Loi sur les espèces en péril. L’Office formule aussi des recommandations sur l’intervention en cas de déversement d’hydrocarbures en milieu marin, la sécurité du transport maritime et des petits navires, et la réduction des GES causés par ces pétroliers.

L’Alberta mène une lutte acharnée pour l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, afin que la province puisse acheminer davantage de pétrole brut vers les ports maritimes, afin d’accéder aux lucratifs marchés d’outre-mer. Le projet permettrait de presque tripler la capacité de l’oléoduc actuel qui relie l’Alberta au terminal portuaire de Burnaby, en banlieue de Vancouver.

«Malgré les obstacles et sachant que nous avons encore beaucoup de travail devant nous, je demeure optimiste aujourd’hui», a commenté la première ministre albertaine Rachel Notley.

«Beaucoup de travail de préparation a déjà été effectué. Si le gouvernement fédéral approuve le projet dans un délai raisonnable, ça ne devrait pas prendre bien longtemps avant que les pelles ne recommencent à creuser», a-t-elle ajouté.

L’approbation initiale du projet par l’Office national de l’énergie avait été annulée l’été dernier par la Cour d’appel fédérale, qui concluait que l’agence n’avait pas correctement pris en compte les écosystèmes marins au large de la Colombie-Britannique, et qu’elle n’avait pas consulté adéquatement les communautés autochtones riveraines.

Des groupes écologistes et des représentants autochtones ont dénoncé la décision qu’ils qualifient de processus de révision accéléré et biaisé. Ils ont promis de poursuivre leur lutte contre le projet devant les tribunaux et dans la rue.

Avec le dépôt vendredi du rapport de l’ONÉ, le gouvernement fédéral dispose maintenant d’une période de 90 jours pour décider si le projet doit aller de l’avant. Le cabinet du ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, a toutefois précisé déjà qu’une décision finale ne serait pas prise avant la fin des consultations avec les communautés autochtones touchées par le projet.

Le ministre Sohi a dit vouloir entendre les 32 communautés autochtones concernées, mais il a tout de même qualifié la décision d’«importante étape pour que le projet soit construit de la bonne façon».

Le président et directeur général de Trans Mountain, Ian Anderson a lui aussi parlé de progrès dans le dossier.

«La décision nous donne des conditions précises et réalistes sous lesquelles nous pouvons procéder, si le projet est accepté, afin de s’assurer de protéger l’environnement marin et terrestre ainsi que les communautés», a-t-il déclaré.

En conférence de presse à Vancouver, le grand chef de l’Union des chefs autochtones de Colombie-Britannique, Philip Stewart, a déploré que «les emplois ont plus de valeur que la justice» au Canada.

Il prévient que d’autres requêtes judiciaires et d’autres manifestations contre le projet d’oléoduc se préparent alors que les opposants discutent des prochaines étapes avec leurs avocats.

Dan Healing, La Presse canadienne