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Le Canada et le Mexique diamétralement opposés sur la crise au Venezuela

Le Canada et le Mexique diamétralement opposés sur la crise au Venezuela
Juan Guaido. Photo: Lucio Tavora/AP

OTTAWA — Le Canada et le Mexique sont peut-être unis dans leur quête de conclure l’accord commercial nord-américain, mais ils sont diamétralement opposés sur ce qu’il faut faire pour régler la crise politique et économique du Venezuela.

Les divisions entre le Canada et le Mexique à la suite des bouleversements qui entourent leur vaste région — l’effondrement du Venezuela  — sont apparues cette semaine lorsque les élus des deux pays se sont réunis à Ottawa pour discuter de leurs intérêts communs.

Le Mexique était un membre fondateur du groupe de Lima lors de sa formation en août 2017, avant que le chef de file socialiste Andres Manuel Lopez Obrador ne soit assermenté le 1er décembre en tant que nouveau président du Mexique.

Le gouvernement Lopez Obrador n’a manifestement pas appuyé les déclarations récentes du groupe de Lima, qui a reconnu le chef de l’opposition, Juan Guaido, en tant que dirigeant par intérim du Venezuela, et appelé les forces armées à changer tourner le dos au président Nicolas Maduro.

En entrevue, le président du comité sénatorial des affaires étrangères du Mexique, Hector Vasconcelos, a déclaré qu’il s’agissait d’un enjeu complexe, et que le nouveau gouvernement croyait fermement qu’il ne fallait pas s’ingérer dans les affaires internes des autres pays.

Une partie de cette complexité concerne l’autre grand pays d’Amérique du Nord, qui n’a jamais fait partie du groupe de Lima: les États-Unis.

Comme les responsables canadiens le disent régulièrement, l’absence des États-Unis dans le groupe de Lima — qui regroupe plus d’une douzaine de pays de l’hémisphère occidental — est considérée comme efficace. Entre autres, elle permet de faire une distinction entre les revendications du groupe, et ce qui est perçu comme l’ingérence américaine passée en Amérique latine.

D’aucuns n’acceptent pas cette logique, soulignant le fait que les États-Unis restent étroitement liés au groupe de Lima, alors que l’administration Trump refuse d’exclure une éventuelle intervention militaire au Venezuela.

«Lorsque vous avez une puissance internationale majeure qui tente d’imposer une solution à une situation politique, à une crise politique dans le monde, pas seulement en Amérique latine, les perspectives de réussite ne sont pas très bonnes», a déclaré M. Vasconcelos.

Il a parlé des interventions américaines en Irak, en Afghanistan et au Vietnam comme des échecs.

Le Mexique s’est proposé comme médiateur entre MM. Guaido et Maduro afin de trouver une solution satisfaisante pour le peuple vénézuélien, a indiqué le sénateur mexicain.

Le Canada, ses alliés du groupe de Lima, les États-Unis et des dizaines d’autres pays expliquent que le soutien international à l’opposition vise à encourager les Vénézuéliens, aidés par l’armée, à prendre le contrôle démocratique de leur pays.

M. Vasconcelos dit être à l’aise avec l’idée que l’armée vénézuélienne change d’allégeance et contribue à une sortie pacifique de M. Maduro.

«Si les forces armées décidaient de ne plus soutenir le président Maduro, il faudrait trouver une solution interne», a-t-il affirmé.

Un député libéral qui a participé aux réunions parlementaires de cette semaine avec le Mexique a déclaré que le Canada tentait de persuader ses vis-à-vis mexicains de soutenir le groupe de Lima.

«De toute évidence, le Canada a une divergence d’opinions. Nous pensons que le Mexique, en tant que joueur sérieux dans l’hémisphère, devrait travailler avec nous. Ils n’ont pas nécessairement quitté Lima, mais ils sont très prudents», a déclaré Bob Nault, ancien dirigeant du Comité permanent des affaires étrangères de la Chambre des communes.

«Mon conseil est de continuer à travailler très discrètement avec le Mexique pour le convaincre que la politique du passé ne fonctionnera pas dans le scénario en cours au Venezuela et dans d’autres pays.»

Mike Blanchfield, La Presse canadienne