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22:28 1 mars 2019 | mise à jour le: 4 mars 2019 à 23:59

Cigarettiers déboutés: le CQTS crie victoire, malgré un possible appel

Cigarettiers déboutés: le CQTS crie victoire, malgré un possible appel
Lise Blais, widow of Jean-Yves Blais smiles during a news conference in Montreal, Friday, Mar. 1, 2019. The Quebec Court of Appeal has upheld a landmark judgment that ordered three tobacco companies to pay billions of dollars in damages to Quebec smokers. THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes

MONTRÉAL — Victoire!», a crié le Conseil québécois sur le tabac et la santé, vendredi, après plus de vingt ans de batailles judiciaires contre trois fabricants de cigarettes canadiens.

La Cour d’appel du Québec a maintenu le jugement rendu en 2015 par la Cour supérieure, qui avait condamné Imperial Tobacco, Rothmans, Benson & Hedges et JTI-MacDonald à dédommager quelque 100 000 fumeurs et ex-fumeurs québécois atteints du cancer ou d’emphysème.

Mais d’ici à ce que ces cigarettiers payent leur dû, la représentante du recours collectif, Lise Blais, continue de se sentir investie d’une mission.

«Pour toutes les victimes des compagnies de tabac et leur famille, elles vont finir par obtenir justice enfin. Je vous le jure», a-t-elle lancé sur un ton solennel.

En conférence de presse à Montréal, à peine une heure après le dévoilement de la décision, les avocats de la poursuite ont fait état d’une première mondiale, car seuls des recours menés par des gouvernements avaient auparavant obtenu gain de cause face à l’industrie du tabac.

La nouvelle a d’ailleurs fait réagir jusqu’aux États-Unis, où la Campagne pour des enfants sans tabac a dit souhaiter que cette victoire inspire d’autres démarches judiciaires. D’autant plus que les compagnies de tabac continuent de faire la promotion «agressive» de leurs produits «meurtriers et qui entraînent une dépendance», a tenu à souligner la responsable des communications de l’organisme, Jenna Mosley.

La Société canadienne du cancer a pour sa part réaffirmé que l’industrie doit être tenue responsable de la souffrance occasionnée par ses activités.

Mais l’affaire n’est pas close. Imperial Tobacco et Rothmans-Benson & Hedges ont déjà fait part de leur intention de se tourner vers la Cour suprême du Canada.

JTI-Macdonald n’écarte pas non plus cette possibilité, s’engageant à prendre «toutes les mesures nécessaires et souhaitables pour défendre ses activités légitimes».

«On croit que c’est injustifié de tenir les fabricants responsables des choix personnels effectués par des consommateurs adultes», a fait valoir le directeur principal des affaires corporatives chez Imperial Tobacco, Éric Gagnon, en entrevue avec La Presse canadienne.

Bien qu’un appel pourrait occasionner des délais supplémentaires dans le versement des indemnités, les avocats de la poursuite croient que l’affaire se dénouera sous peu. Ils invitent d’ailleurs les personnes admissibles à remplir un formulaire de réclamation pour accélérer la distribution des fonds, une fois qu’ils seront débloqués.

Selon Me André Lespérance, les membres du recours collectif atteints d’un cancer auront droit à plus de 250 000 $, tandis que ceux souffrant d’emphysème toucheront autour de 60 000 $.

Le Conseil québécois sur le tabac et la santé a bon espoir que les tribunaux se rangent à nouveau de son côté.

«Ça fait maintenant six juges qui en viennent aux mêmes conclusions au sujet des fautes commises par les compagnies de tabac. Ce sont des jugements très forts, très étoffés», a souligné Me Philippe Trudel.

Lise Blais a le couteau entre les dents. Son mari, Jean-Yves Blais, est décédé en 2012, avant l’aboutissement des procédures qu’il avait lui-même amorcées. Elle a depuis repris le flambeau à titre de porte-étendard des membres du recours collectif.

«Je vais tenir jusqu’au bout. Si on va à la Cour suprême, j’irai», a-t-elle lancé avec aplomb vendredi.

Roxanne Ocampo , La Presse canadienne

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