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Prévention des violences sexuelles: un programme porte fruit chez les jeunes

Prévention des violences sexuelles: un programme porte fruit chez les jeunes
Photo: Getty Images/iStockphotoMan touching woman's butt isolated on black - sexual harassment in business office

MONTRÉAL — Des jeunes qui ont moins de préjugés sur les «rôles garçons-filles», qui comprennent mieux la notion de consentement sexuel, qui savent un peu plus comment réagir s’ils sont témoins d’une agression sexuelle: voilà des constats positifs tirés de l’évaluation d’un nouveau programme québécois pour les élèves d’écoles secondaires visant à prévenir les violences sexuelles.

L’évaluation du programme «Empreinte» a été réalisée par les professeures Manon Bergeron et Martine Hébert, du Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui ont aussi conçu les ateliers et capsules informatives avec le Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), qui a mis à contribution son expertise sur le terrain.

Les résultats du programme — le seul au Québec pour ce groupe d’âge, dit la chercheure — viennent d’être dévoilés.

Un constat qui a «réconforté» d’emblée la chercheure? «Autant les filles que les garçons bénéficient du programme, de la même façon».

«C’est important parce que tout le monde fait partie de la solution», explique-t-elle.

C’était un défi de solliciter et de motiver les garçons en classe, qui ont peut-être plus tendance à penser que c’est un problème de filles, fait-elle valoir. Beaucoup plus de filles sont victimes, il est vrai, mais tous peuvent intervenir, rappelle-t-elle.

Les six ateliers pour les élèves

Les professeures et les spécialistes des CALACS ont conçu six ateliers pour les jeunes de secondaire 2, 3 et 4: ils touchaient à divers sujets, dont la violence sexuelle, le consentement, que faire quand un ami dévoile être victime d’une agression, le pouvoir d’agir des jeunes, l’exploitation sexuelle, la culture de l’hypersexualisation et les stéréotypes sexuels véhiculés.

On brise certains mythes, on leur explique comment bien exprimer le consentement à un acte sexuel, comment bien vérifier le consentement de l’autre, «un concept qui n’est pas nécessairement bien compris». On regarde avec les jeunes comment ils peuvent agir s’ils voient des choses dans des fêtes, ou des photos d’une jeune de l’école nue sur internet, a détaillé Mme Bergeron.

«On sait que les jeunes vont souvent se dévoiler à des amis, entre eux, entre elles. Alors on a un atelier sur comment bien recevoir comment bien soutenir, bien écouter une personne sans avoir de préjugés, sans la culpabiliser, bref sans être nuisible et comment l’amener vers les ressources appropriées».

L’une des particularités du programme — et qui fait aussi sa force — est son approche multiniveaux, a souligné la professeure Manon Bergeron en entrevue: d’autres formations ont aussi été données aux enseignants, et des capsules vidéos ont été créées pour les parents.

Car le message de «tolérance zéro» doit être cohérent, à la maison comme à l’école, souligne-t-elle.

L’évaluation

L’évaluation du programme a été réalisée lors de l’année scolaire 2017-2018 dans 22 écoles du Québec, non seulement auprès des jeunes, mais aussi de leurs parents et des enseignants. La chercheure précise qu’il y avait un groupe témoin de jeunes qui n’ont pas participé aux ateliers, afin de bien mesurer leurs impacts.

Les constats sont positifs et les effets sont durables, a indiqué Mme Bergeron. Il y a moins de préjugés, les jeunes ont une meilleure attitude, savent mieux comment réagir et de façon générale, ils ont de meilleures habiletés de prévention et de soutien. Parmi les résultats, il est noté que 82 pour cent des jeunes rapportent que les ateliers leur ont permis d’identifier des moyens pour prévenir les agressions sexuelles.

«Les résultats indiquent que les jeunes ayant participé aux ateliers du programme Empreinte ont amélioré de manière significative leurs connaissances, leurs attitudes et leurs habiletés de prévention et de soutien, en comparaison aux jeunes n’ayant pas bénéficié du programme. De plus, les résultats démontrent que les gains associés à la participation aux ateliers en classe se maintiennent deux mois plus tard», est-il noté dans le rapport d’évaluation.

Par contre, les élèves n’évaluent pas à la hausse leur capacité d’accomplir des comportements tels qu’«intervenir comme témoin d’une situation de harcèlement sexuel à l’école» ou «exprimer son désaccord face à un jeune qui se vante d’avoir caressé les seins d’une fille alors qu’elle était saoule», est-il noté. 

Quant aux membres du personnel scolaire, 94 pour cent ont l’intention d’utiliser cette formation dans leur travail auprès des jeunes et 100 pour cent la recommandent à d’autres intervenants et enseignants.

«Empreinte» est disponible partout au Québec: les écoles peuvent s’adresser au CALAC de leur région pour obtenir les formations.

Stéphanie Marin, La Presse canadienne