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Le rêve d’un parc pour honorer les victimes de 1847 sur le point d’être réalisé

Le rêve d’un parc pour honorer les victimes de 1847 sur le point d’être réalisé
Photo: Paul Chiasson/La Presse canadienneLe Rocher irlandais.

MONTRÉAL — Les Irlandais ont eux aussi laissé leur marque sur le paysage montréalais. Par exemple, on sait que 6000 d’entre eux ont été enterrés anonymement dans un quartier du sud-ouest de la ville.

En 1847, fuyant la famine, des milliers d’Irlandais ont traversé l’océan à bord de navires surpeuplés dans l’espoir de trouver une nouvelle vie en Amérique du Nord. Beaucoup se sont effondrés et sont morts sur les rives du fleuve Saint-Laurent dans la vingtaine de baraquements de quarantaine érigés pour contenir une épidémie de typhus.

On pense que leurs restes y sont encore éparpillés sous des stationnements, une voie de chemin de fer ou au pied d’une roche montée sur une stèle érigée en 1859 à leur mémoire, le Rocher irlandais. Celui-ci est situé sur un îlot de la rue Bridge au milieu de quatre voies.

Des historiens le considèrent comme le tout premier mémorial dédié aux victimes de la famine de la pomme de terre et la plus grande tombe irlandaise hors d’Irlande.

Depuis plus de dix ans, la communauté irlandaise de Montréal exerce des pressions sur les autorités municipales pour l’implantation d’un parc commémoratif.

«On ne peut même pas se rendre à la pierre sans mettre sa vie en danger et traverser des voies rapides, a déploré Fergus Keyes l’un des directeurs de la Fondation du Parc du Monument irlandais de Montréal. On doit rendre ce secteur plus commémoratif.»

Le rêve est sur le point d’être réalisé grâce à un partenariat avec… Hydro-Québec.

Quand la société d’État a acheté le terrain convoité situé près de la roche en 2017, l’angoisse a saisi la communauté irlandaise, a raconté M. Keyes. Mais Hydro-Québec a offert un partenariat et 3,5 acres pour le futur parc,

M. Keyes a reconnu avoir été touché par la façon dont les gens d’Hydro-Québec, dont bien peu ont du sang irlandais dans les veines, ont adhéré au projet et organisé de nombreuses rencontres avec la communauté.

«Ils ont pris le projet en charge. Il est très intéressant de les voir si protecteurs», a-t-il dit.

Au cours d’une récente réunion, quelqu’un a suggéré de déplacer le monument, une solution à laquelle s’opposait vivement la communauté irlandaise. Un représentant d’Hydro-Québec s’est alors levé pour dire qu’il était hors de question de bouger «notre roche», a raconté M. Keyes.

M. Keyes a aussi mentionné que l’administration municipale avait sauté à bord du navire. Elle parle même de déplacer la rue Bridge afin que la roche se retrouve au centre du futur parc.

L’historien et guide touristique Donovan King se souvient que la communauté irlandaise avait été soufflée lors de l’achat du terrain par Hydro-Québec. «Mais, [la société d’État] est devenu la meilleure partenaire de tous les temps.»

Au cours d’une randonnée touristique portant sur la tragédie de 1847, M. King a souligné à quel point ces événements sont étroitement liés aux autres communautés montréalaises.

Devant l’ancien hôpital général des Soeurs Grises, dans le Vieux-Montréal, il a décrit comment trois ordres de religieuses se sont portés volontaires pour soigner les malades tout en sachant que plusieurs de ses membres contracteraient la maladie et mourraient.

Plus loin, près du canal de Lachine, il a montré un endroit où étaient installés les premiers entrepôts qui ont abrité les malades irlandais pendant leur quarantaine. Les abris temporaires avaient été érigés sur l’ordre du maire de l’époque, John Easton Mills, qui est mort du typhus après être venu en aide aux malades.

Montréal, qui comptait alors environ 50 000 habitants, a accueilli 70 00 réfugiés irlandais en 1847, soit l’équivalent d’environ 2,4 millions de personnes aujourd’hui.

M. Keyes dit que le futur parc commémoratif rendra hommage non seulement aux 6000 victimes, mais aussi à tous ceux qui se sont mobilisés pour leur venir en aide: membres du clergé, militaires, canadiens-français qui ont adopté des orphelins ou encore des membres des Premières Nations qui ont fourni de la nourriture et de l’argent aux victimes.

Si tout se passe bien, le parc pourrait être prêt en 2023.

Morgan Lowrie, La Presse canadienne