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Budget Morneau: un autre pas franchi vers l’assurance-médicaments nationale

Budget Morneau: un autre pas franchi vers l’assurance-médicaments nationale
Photo: Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le budget Morneau annonce que le gouvernement fédéral franchira un pas de plus vers l’instauration d’un régime national d’assurance-médicaments. Mais il ne donne pas d’échéancier précis.

«C’est un gros enjeu et un enjeu important dans ce pays», a affirmé le ministre des Finances, Bill Morneau, en conférence de presse.

Le ministre prévoit d’ailleurs une somme de 35 millions $ sur quatre ans, à compter de 2019-2020, pour créer un bureau de transition vers une Agence canadienne des médicaments.

«Ça va prendre un certain temps. Nous voulons le faire de la bonne façon», a justifié M. Morneau en conférence de presse.

Certains craignaient qu’Ottawa annonce que la future agence du médicament se limitera à négocier de meilleurs prix. Mais elle ira plus loin.

Trois pivots sont annoncés: premièrement, la future Agence canadienne des médicaments veillera non seulement à négocier de meilleurs prix, mais aussi à évaluer l’efficacité des médicaments sur ordonnance.

Là-dessus, des négociations devront être entreprises «au cours des mois à venir» avec les provinces. Québec a déjà fait savoir qu’il exigerait d’être pleinement compensé si le fédéral intervenait plus à fond dans le domaine du médicament.

La négociation de meilleurs prix devrait permettre des économies pouvant atteindre 3 milliards $, souligne-t-on dans la documentation afférente au budget.

Deuxièmement, le budget évoque un «formulaire national», c’est-à-dire une liste complète des médicaments sur ordonnance reconnus, qui sera élaborée par la future agence.

Cela permettrait une certaine uniformité entre les provinces quant à l’inscription des médicaments sur la liste et en assurerait l’accès aux patients.

Troisième pivot: une Stratégie nationale pour les médicaments coûteux pour le traitement des maladies rares. De tels médicaments peuvent coûter 100 000 $ par an par patient.

Pour ces médicaments plus coûteux, le budget alloue 1 milliard $ sur deux ans, mais à compter de 2022-2023 seulement, puis 500 millions $ par année par la suite.

«Nous disons aux provinces que nous leur enlevons un lourd fardeau sur les épaules avec ces maladies rares», a noté le ministre Morneau.

Régime hybride actuel

Les dépenses en médicaments ont crû de façon importante au cours des dernières décennies, passant de 2,6 milliards $ en 1985 à 33,7 milliards $ en 2018.

À l’heure actuelle, au Canada, pas moins de 100 000 régimes d’assurance privés et 100 régimes publics coexistent, avec différents degrés de couverture, de franchises et autres.

Démence

Avec le vieillissement global de la population canadienne, les problèmes de santé liés au vieillissement se font plus pressants. Le budget Morneau prévoit donc 50 millions $ sur cinq ans, à compter de 2019-2020, pour la mise en oeuvre d’une première Stratégie nationale sur la démence. Celle-ci doit être dévoilée au printemps.

Selon les données du Système canadien de surveillance des maladies chroniques, en 2013-2014, plus de 402 000 Canadiens avaient un diagnostic de démence, les deux tiers étant des femmes.

La Société Alzheimer estime que le nombre passera à 1 000 000 de Canadiens d’ici moins de 15 ans.

Crise des opioïdes

Alors que la crise de consommation des opioïdes s’étend, le budget Morneau prévoit une somme supplémentaire de 30,5 millions $ sur cinq ans à compter de 2019-2020, puis 1 million $ par année par la suite.

La somme permettra d’étendre l’accès à un approvisionnement sécuritaire d’opioïdes sur ordonnance pour ceux qui en ont médicalement besoin, ainsi qu’à mieux former et intervenir en cas de surdose d’opioïdes.

Lia Lévesque, La Presse canadienne