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Anne-France Goldwater s’oppose à l’euthanasie d’un pitbull jugé dangereux

Anne-France Goldwater s’oppose à l’euthanasie d’un pitbull jugé dangereux
Photo: Josie Desmarais/MétroMe Anne-France Goldwater

MONTRÉAL — L’avocate bien connue Anne-France Goldwater tente de sauver un pitbull condamné à l’euthanasie après avoir attaqué six personnes, dont quatre enfants, en août dernier.

Mme Goldwater a plaidé jeudi devant le tribunal que la disposition du règlement de la Ville de Montréal qui stipule qu’un chien doit être euthanasié une fois déclaré dangereux contrevient à la législation provinciale sur le bien-être des animaux.

La Couronne a annoncé cette semaine qu’il n’y aurait aucune accusation criminelle portée contre la femme qui surveillait le chien lorsque les attaques ont eu lieu en août. La dame avait accepté de garder la bête lorsque la propriétaire a eu une urgence médicale.

Mme Goldwater a demandé à la Cour supérieure du Québec de permettre au chien, «Shotta», qui a été saisi après l’attaque, d’être envoyé dans un refuge spécialisé à New York, où il serait tenu à l’écart du public et jamais adopté.

L’avocate, une militante bien connue pour les droits des animaux, a reconnu d’entrée de jeu que l’animal avait attaqué des gens — dont plusieurs enfants — et que ce n’était pas «le meilleur des chiens». Mais ce sont de tels cas qui permettent de tester les lois et les droits adoptés par la société, souligne-t-elle.

«Nous n’allons jamais faire avancer nos droits avec le gentil chien de quartier qui ne fait rien de (mal), a-t-elle expliqué au juge Lukasz Granosik. Nous les testons dans une situation difficile pour voir si les lois ont des griffes et des dents.»

Selon Mme Goldwater, les éléments de preuve démontrent que, dans le cas présent, le chien n’avait pas fait l’objet d’une évaluation comportementale appropriée et que la propriétaire avait été exclue du processus.

Elle croit qu’une partie du règlement de la Ville qui prévoit que les chiens devraient être euthanasiés s’ils sont jugés dangereux devrait être déclarée «inopérante» parce qu’elle contreviendrait à la loi provinciale qui décrit les animaux comme des «êtres doués de sensibilité», qui ont des «impératifs biologiques».

La Ville défend son point

Mais un avocat représentant la Ville a soutenu que les agissements du chien le jour de l’attaque démontrent clairement qu’il est dangereux et que les autorités municipales avaient parfaitement le droit d’ordonner sa mort.

Alexandre Paul-Hus a indiqué qu’une évaluation comportementale n’était pas nécessaire dans ce cas puisqu’il avait attaqué plusieurs personnes, dont des enfants. Ce cas est loin d’être «ambigu», a-t-il plaidé.

M. Paul-Hus a martelé que rien dans la loi provinciale n’empêchait d’euthanasier un animal. Si l’euthanasie est effectuée de manière juste et digne, il n’y a aucun crime de commis, a-t-il ajouté.

Parmi les victimes, il y avait les deux petits-enfants de la femme qui gardait le chien. L’animal s’en était pris d’abord à une fillette de quatre ans, qui a été blessée à la tête. Le chien avait ensuite été enfermé, mais il avait pu s’échapper et avait blessé au bras le frère de sept ans de la fillette.

L’animal a pu rester en vie en attendant une enquête de la police.

Pas des «déchets»

À l’extérieur de la salle d’audience, Mme Goldwater a rappelé que le chien ne s’était jamais montré agressif avec des humains avant ce jour-là. Mais dans tous les cas, dit-elle, un animal ne peut être reconnu responsable de ses gestes et puni comme un humain.

«On peut sauver la vie de l’animal et protéger les êtres humains, a-t-elle soutenu. Ce n’est pas une raison de jeter des animaux à la poubelle et de les traiter comme des déchets.»

La SPCA de Montréal, qui est responsable du chien, a appuyé la requête de Mme Goldwater pour qu’il soit transféré au «Road to Home Rescue» de New York.

Le juge rendra sa décision plus tard, mais il a assuré qu’il ne tarderait pas trop, pour le bien-être de l’animal.

Morgan Lowrie, La Presse canadienne