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SNC-Lavalin: Jody Wilson-Raybould fournira des textos et courriels

SNC-Lavalin: Jody Wilson-Raybould fournira des textos et courriels
Photo: La Presse canadienneJody Wilson-Raybould

OTTAWA — L’affaire SNC-Lavalin continue à défrayer les manchettes. Cette fois, c’est à la faveur d’une lettre envoyée par Jody Wilson-Raybould, dans laquelle l’ex-ministre de la Justice dit vouloir partager courriels, textos et «des éléments pertinents de faits et de preuves» sur l’histoire.

Elle a manifesté son intention de produire ce matériel dans une lettre datée du 21 mars qu’elle a fait parvenir au président du comité permanent de la justice et des droits de la personne, Anthony Housefather, et qui a fait surface vendredi.

«Lors de mon témoignage, on m’a demandé de fournir des renseignements supplémentaires. En particulier, on m’a demandé de produire les messages textes et courriels auxquels j’ai fait allusion dans mon témoignage du 27 février 2019», peut-on y lire.

«Après délibération, j’ai décidé de produire les messages textes et courriels en question», ajoute l’ex-procureure générale, disant déduire de la décision prise mardi dernier par le comité de boucler l’enquête qu’elle ne serait pas convoquée de nouveau.

Et ce n’est pas tout.

«À ce même sujet, j’ai aussi en ma possession des éléments pertinents de faits et de preuves qui clarifient certaines de mes déclarations et permettent d’élucider l’exactitude et la nature de déclarations faites par des témoins qui ont comparu après moi», signale-t-elle.

Les personnes qui ont témoigné après elle sont Gerald Butts, ex-secrétaire principal du premier ministre, Michael Wernick, ex-greffier du Conseil privé, et Nathalie Drouin, sous-ministre à la Justice.

Tous ont offert des versions des faits qui ont remis en doute un certain nombre des éléments du témoignage de Jody Wilson-Raybould. Rappelons que l’affaire SNC-Lavalin a fait rouler les têtes des deux premiers.

L’ex-ministre Wilson-Raybould ne précise pas, dans sa missive, quand les textos, courriels et autres documents seront fournis au comité.

Dans un échange de courriels avec La Presse canadienne, vendredi, Anthony Housefather a aussi dit l’ignorer. Le tout sera vraisemblablement rendu public, la pratique du comité étant «que les soumissions sont publiques», a spécifié le député libéral.

La lettre de Jody Wilson-Raybould a fait surface au lendemain de la publication d’une entrevue explosive de l’ex-présidente du Conseil du trésor, Jane Philpott, qui a elle aussi démissionné du cabinet dans la foulée de cette histoire.

Dans un entretien accordé au magazine Maclean’s, elle a prévenu qu’il restait bien des choses à dire sur cette affaire dans laquelle est empêtré le gouvernement de Justin Trudeau depuis maintenant un mois et demi.

L’histoire a éclaté le 7 février dernier, quand le Globe and Mail a rapporté que des pressions indues auraient été exercées sur l’ancienne procureure générale afin qu’elle intervienne pour éviter un procès à la firme d’ingénierie en lien avec ses activités frauduleuses en Libye.

La Chambre comme tribune?

Chez les libéraux, on semble de plus en plus nombreux à se dire en accord avec l’idée que les deux ministres démissionnaires s’expriment aux Communes, où elles jouiraient de l’immunité parlementaire.

«Je suis avocate et je comprends qu’il n’y (aurait) pas de problème à le faire dans la Chambre», a argué en point de presse la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, en manifestant une certaine impatience.

«S’il y a quelque chose d’autre à dire, c’est bon, (…) mais ça devrait être fait vite parce qu’on a besoin de continuer le travail que nous faisons», a-t-elle soutenu alors qu’elle s’était présentée au micro pour parler du budget déposé plus tôt cette semaine.

Il faut dire que cela fait des semaines que l’histoire monopolise presque toute l’attention sur la colline à Ottawa. Le dépôt du budget, mardi, a été complètement occulté par l’affaire SNC-Lavalin — beaucoup en raison des efforts déployés par les conservateurs pour la garder en vie.

Chez ces mêmes conservateurs, on ne serait toujours pas satisfait si Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott prenaient la parole en Chambre. Ce serait «un écran de fumée» et on n’irait pas «au fond des choses» comme on pourrait le faire en comité, a dit le député Pierre Paul-Hus.

Trudeau garde le cap

Le premier ministre Justin Trudeau s’est fait poser la question alors qu’il se trouvait à Thunder Bay, en Ontario, mais il n’y a pas répondu. Il a cependant de nouveau signalé qu’il n’avait pas l’intention d’élargir le décret qui a libéré l’ex-ministre Wilson-Raybould de son secret professionnel.

«Il y a eu une étude approfondie des enjeux impliquant l’ancienne ministre de la Justice et procureure générale et le dossier SNC-Lavalin au comité de la justice», a-t-il insisté en marge d’une annonce.

Les conservateurs réclament que le gouvernement renonce à l’entièreté de son secret professionnel pour faire toute la lumière sur l’histoire. L’opposition reviendra à la charge mardi prochain au comité permanent de l’éthique.

Les conservateurs ont annoncé jeudi que le comité, l’un des rares à être présidé par un élu de l’opposition, discuterait de la proposition d’inviter Mme Wilson-Raybould et Mme Philpott à comparaître. Les libéraux disposent néanmoins d’une majorité au comité.

Mélanie Marquis, La Presse canadienne