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Conseil national du PQ:les jeunes dissidents se rallient et obtiennent un congrès

Conseil national du PQ:les jeunes dissidents se rallient et obtiennent un congrès
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienneDe gauche à droite, Lorraine Richard, Joel Arseneau, Martin Ouellet, Pascal Bérubé, Sylvain Gaudreault, Méganne Perry Melançon, Véronique Hivon, Harold Lebel et Catherine Fournier.

TROIS-RIVIÈRES, Qc — Les jeunes péquistes qui menaçaient de claquer la porte se sont ralliés samedi au Conseil national du Parti québécois (PQ) à Trois-Rivières: ils ont réussi à obtenir un congrès extraordinaire en novembre.

Les membres impatients qui demandaient une transformation profonde de la formation souverainiste ont pesé de tout leur poids pour tenir ce congrès, où tout sera discuté, autant le programme que les statuts et règlements du PQ, mais pas l’indépendance. Un plan d’action a également été adopté et la course à la direction devrait se dérouler en 2020.

Rescapé d’une défaite historique en octobre avec seulement 10 députés, à égalité avec Québec solidaire (QS), le PQ avait encaissé un autre coup dur il y a deux semaines, quand sa députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, a claqué la porte pour siéger à titre d’indépendante.

Cela a été un «électrochoc», ont reconnu les militants péquistes: à la fin d’un huis clos qui a duré tout l’après-midi, les délégués se sont prononcés à l’unanimité en faveur du congrès extraordinaire.

«Ce que cela nous permet, c’est de prendre nos statuts et les jeter à la poubelle et de recommencer, grosso modo, c’est ce que ça veut dire un congrès extraordinaire», a dit la présidente du Comité jeunesse du PQ, Frédérique St-Jean, entourée de ses troupes.

«C’est une ouverture à tout refaire, changer, remettre en question. Les jeunes, on a besoin d’avoir des statuts qui sont plus flexibles, qui laissent de la place à de la créativité.»

Ainsi, peut-être qu’à l’avenir il ne serait plus nécessaire de tenir de grands congrès, peut-être que la méthode pour choisir le prochain chef pourrait changer, peut-être que des instances pourront se réunir par Skype, peut-être que des participants pourront prendre part à des instances à distance et soumettre des idées, etc.

Les jeunes péquistes signataires d’une lettre d’appui à la députée Catherine Fournier se sont donc ralliés.

«Ça va nous permettre de faire ce qu’on veut», a affirmé un des signataires, Jérémi Lepage, satisfait du virage.

Mme Fournier avait quitté le PQ en affirmant qu’à force de perdre, il n’était plus le véhicule adéquat pour faire avancer la souveraineté.

«Peut-être que si on réussit bien, on va lui prouver qu’elle a tort, a dit Mme St-Jean. J’espère qu’elle va revenir et la porte est grande ouverte pour qu’elle revienne.»

En matinée, la partie n’était pourtant pas gagnée: des membres du comité jeunesse doutaient de la capacité du parti de se renouveler.

Un membre de l’exécutif de la commission jeunesse, Félix Pelletier-Belzile, avait annoncé sa démission samedi matin et d’autres jeunes ont exprimé leur scepticisme sur la profonde transformation que promet la direction du PQ.

«On sent qu’il y a déjà une volonté de nous amener où ils ont déjà décidé de nous amener», a-t-il dit dans un point de presse en matinée.

«On voit très bien que ça ne marche pas, ce n’est pas en faisant un congrès spécial que ça va régler les choses», avait dit le président sortant de l’association de circonscription de Saint-Jérôme, Marc-Olivier Neveu, plutôt sceptique devant cette énième tentative de réforme. 

Le chef intérimaire péquiste Pascal Bérubé a salué le retour des sceptiques. «Ils ont tous embarqué, ils sont allés au micro, ils ont dit qu’ils avaient confiance au Parti québécois. C’est une immense réussite. On est aujourd’hui beaucoup plus unis.»

Plan d’action

Le plan d’action propose de recentrer les efforts du parti sur l’indépendance et définir le projet. Des chantiers seront mis sur pied dès avril, avec des facilitateurs de divers horizons, et la population sera invitée à participer.

Deux colloques sur l’indépendance auront lieu et la proposition principale, en vue du congrès de novembre, sera lancée en septembre.

«Une fois qu’on va être franc avec les Québécois, qu’on va arrêter de jouer avec l’électoralisme, je pense qu’on va regagner la confiance et les gens vont voir que le processus est réel», avait argué Mme St-Jean.

Les anciens élus péquistes avaient également invité pour en débattre. Selon l’ex-députée de Champlain, Noëlla Champagne, l’heure est à la reconstruction: c’est dans l’adversité que le PQ pourra mieux rebondir.  

«Plus quelqu’un va me fouetter, meilleure je vais être, a-t-elle déclaré en mêlée de presse. Si tu m’attaques, je vais rebondir.»

Un constat dur

Incohérence, louvoiements, choix difficiles: deux représentants, Jocelyn Caron et Alexis Gagné-Lebrun, avaient en matinée dressé un dur constat des dernières années du PQ, devant les 350 délégués attentifs.

Ils leur ont notamment fait remarquer qu’ils avaient en moins de deux ans choisi un chef très indépendantiste, Pierre Karl Péladeau, puis un autre qui repoussait un éventuel référendum dans un deuxième mandat, Jean-François Lisée.

Ils ont également souligné les hésitations du PQ concernant l’enjeu des hydrocarbures, le choix d’autoriser l’exploration sur l’île d’Anticosti par le gouvernement Marois, ou encore l’opposition au pipe-line Énergie Est, qui avait remise en question Pierre-Karl Péladeau.

Patrice Bergeron, La Presse canadienne