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L’OMI veut étudier les effets des chutes de fusées dans les océans

L’OMI veut étudier les effets des chutes de fusées dans les océans
The Soyuz-FG rocket booster with Soyuz MS-10 space ship carrying a new crew to the International Space Station, ISS, blasts off at the Russian leased Baikonur cosmodrome, Kazakhstan, Thursday, Oct. 11, 2018. A global agency that sets rules for the seas is studying the environmental effects of more and more rocket stages that may contain toxic fuel dropping into the world's oceans. THE CANADIAN PRESS/AP-Dmitri Lovetsky

L’Organisation maritime internationale (OMI) — institution des Nations unies, spécialisée dans les questions maritimes — étudie les répercussions sur l’environnement du nombre croissant de fusées susceptibles de contenir des combustibles toxiques qui tombent dans les océans de la planète.

L’inquiétude de l’OMI survient après que des groupes inuits eurent exprimé leur colère après la chute d’étages de fusée dans les eaux canadiennes. Ce sentiment est aussi alimenté par des recherches indiquant une nette croissance des satellites dans le monde entier, malgré une compréhension limitée des conséquences que cela peut entraîner sur l’environnement.

Une haut-fonctionnaire d’Environnement Canada, Linda Porebski, qui dirige aussi l’un des organes scientifiques de l’OMI, a indiqué qu’une phase de collecte d’informations venait à peine de commencer.

Mme Porebski a ajouté que les autorités étaient conscientes de l’augmentation du nombre de lancements et de la hausse subséquente du nombre de fusées d’appoint ayant du carburant à leur bord qui tombent dans la mer.

David Santillo, un biologiste de l’Université d’Exeter, au Royaume-Uni, dont les recherches sont financées par Greenpeace, déplore que les autorités n’aient qu’une connaissance générale de la situation.

«Nous ne pouvons pas aller très loin sur le plan de savoir exactement ce qui va être lancé, le nombre de lancements, les matériaux transportés ou la quantité de carburant en excès. Il est très difficile d’obtenir cette information.»

Greenpeace s’est penchée sur la question en 2017 à la suite des craintes formulées par des Inuits au sujet du lancement par une fusée russe d’un satellite de l’Agence spatiale européenne. Un étage de l’engin est tombé dans la polynie des eaux du Nord, une des zones les plus biologiquement productives de la planète.

Selon des recherches universitaires, pas moins de 11 fusées se sont abîmées dans la région depuis 2002. Elles étaient toutes propulsées à l’hydrazine, une substance hautement toxique.

Les documents publiés en vertu des lois sur l’accès à l’information laissent entendre qu’il y en a eu d’autres. Une base de lancement en Guyane française utilise également des trajectoires de largage de débris dans l’Arctique. «Le carburant dangereux résiduel peut rester dans les réservoirs lors de la rentrée», indiquent les documents.

M. Santillo a découvert qu’au moins 30 entreprises envoient des satellites en orbite, certaines prévoyant des décollages hebdomadaires.

Bien que les fusées transportent régulièrement une réserve de carburant supplémentaire, les entreprises nient les dangers que cela peut représenter pour l’environnement.

Les documents du gouvernement canadien y font écho.

«Il est peu probable que l’hydrazine soit encore présente au moment où les débris tomberont sur Terre», a écrit un fonctionnaire d’Affaires mondiales Canada. Un autre refuse de croire que le carburant de ces fusées est déversé dans les océans.

D’autres ne sont pas si sûrs.

«Il est un peu possible que plus de 10 pour cent du carburant résiduel soit potentiellement présent dans la partie supérieure d’un lanceur», a écrit une fonctionnaire de la Défense nationale.

Mme Porebski avait répondu à un autre courriel: «Je ne suis pas sûr de partager votre évaluation des prétentions selon lesquelles les risques sont exagérés, en particulier compte tenu du potentiel d’augmentation importante du trafic. Il existe certainement un manque de suivi ou de données fiables pour en arriver à toute conclusion réelle sur les risques ou les impacts.»

L’hydrazine est progressivement éliminée de la plupart des programmes spatiaux, mais M. Santillo a mentionné que d’autres carburants sont également nocifs.

«Il existe une préoccupation générale. La difficulté consiste à obtenir des informations sur la nature de ces carburants de substitution et sur leur comportement dans l’environnement», a-t-il dit.

M. Santillo a aussi déploré que l’industrie spatiale était la seule à utiliser les océans sans aucun type de réglementation. Le temps de remédier à ce problème est venu, juge-t-il.

«Plus tôt il aura ce type de réflexion, plus il y a de chance que nous puissions accomplir vraiment quelque chose. Oublier les lancements de fusée n’est pas productif.»

Bob Weber, La Presse canadienne