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Un prêtre pédophile montréalais écope de huit ans de prison

Un prêtre pédophile montréalais écope de huit ans de prison
Photo: SPVMBrian Boucher

MONTRÉAL — Un prêtre montréalais qui avait agressé sexuellement deux garçons a été menotté et reconduit vers le chemin de la prison, lundi, sous le regard de ses deux victimes.

Le père Brian Boucher n’a laissé montrer aucune émotion quand la juge Patricia Compagnone, de la Cour du Québec, s’est rangée à la recommandation conjointe de la Couronne et de la défense en imposant une peine de prison de huit ans.

L’accusé a agressé deux jeunes garçons confiés par leurs familles qui lui faisaient confiance en raison de son poste, a souligné la juge Campagnone. Et manifestement, le comportement de l’accusé a eu des effets sur les deux victimes, a-t-elle ajouté.

Les deux victimes, maintenant des adultes, ont affirmé dans leur déclaration d’impact plus tôt lundi, qu’elles porteraient toujours les séquelles de ces agressions.

La juge a affirmé que les deux victimes avaient «une peine à vie» en raison du comportement de l’accusé. Aucune peine ne sera assez sévère pour leur remettre ce qui leur a été enlevé à l’époque, a-t-elle poursuivi.

Boucher avait été reconnu coupable de l’agression d’une des deux victimes le 8 janvier dernier à l’issue du procès; il avait plaidé coupable dans l’autre affaire avant même le début du deuxième procès, qui devait s’ouvrir le 21 janvier.

Le prêtre catholique a oeuvré dans dix églises montréalaises entre 1985 et 2015. Les agressions ont été commises dans deux églises entre 1995 et 1999, dans un cas, et entre 2008 et 2011, dans l’autre cas.

La juge a souligné que la fréquence et le type d’agressions démontraient qu’il ne s’agissait pas d’événements isolés. Elle a aussi mentionné que l’accusé avait utilisé «la peur et la religion» pour que ses victimes gardent le silence, et avait profité de son poste pour planifier des moments seuls avec elles.

L’accusé est le seul responsable de ses crimes, a fait valoir la juge.

Les victimes satisfaites

L’archidiocèse de Montréal avait appuyé les plaignants et avait collaboré avec la police avant que des accusations ne soient déposées. La juge a applaudi cette implication.

La procureure de la Couronne, Annabelle Sheppard, a indiqué que les victimes étaient satisfaites de la peine imposée lundi.

«La fin symbolique de voir M. Boucher partir menotté, je pense que tout le processus a été bénéfique», a déclaré Me Sheppard.

«C’est sûr que quel que soit le résultat, la condamnation, la sentence, ça n’enlèvera jamais ce qu’ils ont subi. Mais c’est un soulagement d’arriver à la fin, et une fin victorieuse pour eux», a-t-elle ajouté.

Des «héros»

L’évêque Thomas Dowd, qui a accompagné les victimes, les a remerciées pour leur dénonciation.

«Je sais comment ça a été difficile pour vous, et j’ai tant d’admiration pour votre courage. Vous êtes mes héros», a-t-il affirmé en lisant une déclaration écrite à l’extérieur de la salle de cour.

«Aujourd’hui, c’est votre journée, pas celle de Brian Boucher et le reste de votre vie vous appartient, pas à lui», a-t-il ajouté.

Mgr Dowd a ensuite exprimé son dédain envers son ancien collègue.

«Comment avez-vous pu faire cela? Vous vous êtes fait donner de l’amour et de la confiance par des centaines de personnes, vous les avez trahies, et manipulées, vous faites honte à l’Église et avez discrédité le travail des autres prêtres et un jour, vous ferez face au jugement de Dieu», a-t-il soutenu.

L’archidiocèse de Montréal a lui aussi indiqué par voie de communiqué être «satisfait que justice ait été faite». Il a ensuite confirmé «qu’en conformité avec sa politique de tolérance zéro, Brian Boucher n’exercera plus jamais de ministère» au sein de l’Église.

Sidhartha Banerjee, La Presse canadienne