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Premier dénombrement officiel: près de 5800 itinérants «visibles» au Québec

Premier dénombrement officiel: près de 5800 itinérants «visibles» au Québec

MONTRÉAL — Ils sont 5789 «visibles» dans 11 régions du Québec. Ils sont majoritairement des hommes, âgés entre 30 et 49 ans, et 41 pour cent d’entre eux ont passé l’année dernière au complet en situation d’itinérance.

Voilà une partie du portrait de l’«itinérance visible» qui est brossé dans le premier dénombrement officiel de cette forme d’itinérance pour 11 régions du Québec. Le dénombrement avait été fait pour Montréal l’an dernier, mais pas pour l’ensemble des régions. À Montréal, le nombre est passé de 3016 à 3149 — bien que les responsables aient cessé de comptabiliser certains types de clientèles. Il y aurait tout de même une légère augmentation.

Le Rapport du dénombrement des personnes en situation d’itinérance, le 24 avril 2018, a été dévoilé lundi à Montréal par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, le docteur Éric Latimer, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, ainsi que des représentants municipaux et d’organismes qui viennent en aide à ces personnes.

L’itinérance visible y est décrite comme l’ensemble des personnes qui ont fréquenté des services d’hébergement d’urgence, de transition ou qui ont passé la nuit à l’extérieur, le 24 avril 2018, soit le jour du dénombrement officiel.

Mais c’est sans compter l’itinérance cachée, soit ceux qui trouvent à dormir momentanément dans un motel, chez un client dans le cas de certaines prostituées, par exemple, ou sur le canapé d’un ami, d’un parent.

Femmes, Inuits

Les femmes sont ainsi sous-représentées, a admis le chercheur Latimer, parce que le contexte de leur itinérance peut être différent.

À l’opposé, les Inuits et les représentants des Premières Nations sont surreprésentés par rapport à leur proportion réelle dans la population. Le rapport précise ainsi que les membres des Premières Nations représentent 1,2 pour cent de l’ensemble de la population, alors qu’ils représentent 5,6 pour cent de la population itinérante. Le phénomène est le même pour les Inuits: 0,2 pour cent de la population en général, mais 1,6 pour cent de la population itinérante.

«Une personne itinérante, c’est trop», a lancé la ministre McCann en présentant le rapport.

Le portrait complet ne sera fait qu’en 2020 et il sera appuyé sur ce dénombrement de 2018.

Mais l’on sait déjà, grâce à ce rapport, que 27 pour cent d’entre eux ont perdu leur logement à cause d’un problème de toxicomanie ou de dépendance, 17 pour cent étaient incapables de payer le loyer, 13 pour cent avaient un problème de santé mentale et 11 pour cent ont perdu leur emploi.

De même, dans la dernière année, 25 pour cent ont affirmé avoir eu un contact avec un policier qui voulait offrir de l’aide, 46 pour cent ont eu un contact avec un policier pour une arrestation, une fouille ou une contravention, 56 pour cent ont visité l’urgence, 35 pour cent ont été hospitalisés, 40 pour cent ont eu un contact avec un travailleur de rue et 47 pour cent ont visité un centre de jour.

Le portrait plus complet permettra à Québec de mieux adapter ses programmes, ses mesures pour leur venir en aide. L’actuel plan d’action arrive à échéance en 2020; le prochain vaudra pour 2020-2025, a précisé la ministre McCann.

Dans le dernier budget déposé par le ministre des Finances, Eric Girard, une somme de 30 millions $ par année a d’ailleurs été allouée pour «bonifier le Programme de soutien aux organismes communautaires» dans ce domaine, a noté la ministre McCann.

Les groupes sceptiques

Au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), le directeur Pierre Gaudreau estime que la légère hausse de l’itinérance à Montréal reflète mal la réalité. «Tant dans les ressources que dans la rue, et ce dans un nombre croissant de quartiers, l’itinérance est à la hausse à Montréal, ce que ne démontre pas le dénombrement», s’est-il désolé.

Au Réseau solidarité itinérance du Québec, la coordonnatrice Laury Bacro invite «à relativiser ces chiffres-là, parce que ça ne concerne que l’itinérance visible, à un moment donné de l’année. Ça ne peut pas prendre en considération tous les types d’itinérance, ni l’itinérance cachée, qui représente un volet important dans les régions», a-t-elle confié en entrevue.

Lia Lévesque, La Presse canadienne