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Un chercheur du CHUM réalise une percée dans la lutte contre le VIH

Un chercheur du CHUM réalise une percée dans la lutte contre le VIH
Le docteur Andrés Finzi, du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal. THE CANADIAN PRESS/HO - CHUM, Stephane Lord

MONTRÉAL — Une percée scientifique à laquelle ont contribué des chercheurs montréalais pourrait un jour mener au développement de nouvelles thérapies pour combattre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH).

«C’est une découverte qui pour nous est majeure et importante parce qu’on vient d’identifier une nouvelle forme du VIH, et c’est une forme qui est vulnérable aux anticorps de la personne infectée», a résumé le docteur Andrés Finzi, du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

M. Finzi et ses collègues avaient constaté, en 2015, que le virus du sida mettait tout en oeuvre pour garder fermée une partie de son enveloppe, ce qui leur a mis la puce à l’oreille. Ils ont ensuite découvert qu’en ouvrant cette partie de l’enveloppe, on exposait une portion du virus que le système immunitaire est en mesure de repérer, d’attaquer et de détruire.

Restait maintenant à savoir quelle forme prenait cette enveloppe une fois ouverte, et c’est ce que le docteur Finzi, en compagnie de chercheurs des universités Tufts et de Melbourne, ont réussi à identifier.

«L’idée est que si on peut sensibiliser les cellules infectées (à la réponse immunitaire), on pourrait les éliminer, a expliqué le docteur Finzi. La thérapie actuelle, qui fonctionne très bien, diminue la charge virale et bloque le cycle de réplication (du virus), mais elle ne s’attaque pas aux cellules infectées. On pense que ce serait positif de pouvoir éliminer une cellule infectée qui produit des milliers de particules virales.»

Des chercheurs de Tufts ont visualisé la forme jusqu’alors inconnue de l’enveloppe virale en utilisant une nouvelle technologie: le transfert d’énergie par résonance de type Förster sur molécules uniques (smFRET). L’enveloppe du VIH comporte des pièces mobiles qui lui permettent d’adopter des formes variées en réponse à différents stimulus, tels que des anticorps ou de petites molécules, et cette technologie permet aux chercheurs de voir comment différents éléments de l’enveloppe se déplacent les uns par rapport aux autres.

Les chercheurs croient que toutes les composantes pour tuer les cellules infectées sont déjà présentes chez les patients, mais il faut réussir à ouvrir l’enveloppe pour que les anticorps puissent reconnaître la cellule infectée. Du coup, a dit M. Finzi, on pourrait potentiellement éliminer les cellules infectées chez les personnes qui sont porteuses du VIH.

Cela pourrait aussi permettre d’identifier et détruire les réservoirs viraux où se cache le virus en état de latence. Ultimement, le système immunitaire et la médication seraient utilisés conjointement pour éradiquer la maladie.

Une nouvelle thérapie chez l’humain n’est toutefois pas pour demain. Les résultats obtenus en laboratoire devront maintenant être reproduits chez des animaux, une étape qui a récemment obtenu un financement des Instituts de recherche de santé du Canada.

La partie est donc loin d’être gagnée.

«Ce virus a une capacité de mutation extraordinaire. C’est une machine d’évolution et de mutation, a prévenu le docteur Finzi. Il n’y a pas une thérapie qui va fonctionner sous forme de monothérapie ou de monostratégie.»

Cette découverte est annoncée dans les pages du journal scientifique Cell Host & Microbe.

Jean-Benoit Legault, La Presse canadienne