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Une pièce commémorative pour la communauté LGBTQ2 sème la controverse

Une pièce commémorative pour la communauté LGBTQ2 sème la controverse
Photo: Eduardo Lima/La Presse canadienneL'homme a fui la Guinée pour demander le statut de réfugié au Canada après que sa famille et le parti politique d’opposition au sein duquel il militait eurent découvert sa bisexualité.

OTTAWA — Des universitaires et militants de la communauté LGBTQ2 craignent qu’une nouvelle pièce commémorative de 1 $ perpétue des mythes sur le traitement des lesbiennes, gais, transgenres, queer et bispirituels au Canada.

La Monnaie royale canadienne dévoilera la nouvelle pièce d’un dollar à Toronto la semaine prochaine pour joindre sa voix aux ministères et aux agences gouvernementales qui marquent les «50 ans de progrès pour les Canadiens LGBTQ2».

Une porte-parole a déclaré mardi que l’organisation était très fière de célébrer la culture, l’histoire et les valeurs du Canada, soulignant qu’il y a 50 ans, le Parlement canadien avait adopté une loi pour amorcer la décriminalisation de l’homosexualité au Canada.

La Monnaie royale canadienne est conseillée par le ministère du Patrimoine canadien pour célébrer les «anniversaires d’importance», a ajouté la porte-parole.

Toutefois, l’historien Tom Hooper, de l’Université York, a fait remarquer que les réformes annoncées en 1969 ne s’étaient pas traduites par une véritable décriminalisation, et que les accusations de relations homosexuelles entre adultes consentants avaient augmenté au cours des décennies qui ont suivi.

S’il y avait eu décriminalisation, il y aurait eu une baisse des arrestations, mais c’est le contraire qui s’est produit, a-t-il déploré.

M. Hooper fait partie d’un réseau de militants et d’universitaires qui cherchent à démonter les mythes entourant la réforme du Code criminel de 1969. Mais il dit ne pas pouvoir contrer le message qui se retrouvera sur quelque trois millions de pièces de monnaie.

«En fin de compte, cette pièce est estampée en métal et je ne peux rien y changer», a-t-il regretté.

Il préférerait une commémoration de la première manifestation pour le droit des gais et lesbiennes sur la colline du Parlement en 1971.

«Cette manifestation s’est tenue deux ans après la mise en place des réformes de 1969, a-t-il affirmé. Notre communauté avait appelé à une vraie décriminalisation lors de cette manifestation.»

Helen Kennedy, directrice principale du groupe Egale Canada, croit qu’il faut revenir à l’essentiel: cette pièce a été créée pour commémorer un «moment important» dans l’histoire canadienne.

«Je pense qu’il est très important pour l’histoire canadienne de marquer cette occasion et d’entamer ces conversations pour comprendre qu’il nous reste encore beaucoup à faire pour intégrer pleinement les groupes marginalisés dans la société canadienne», a-t-elle indiqué.

Kristy Kirkup, La Presse canadienne