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Des chercheurs canadiens font avancer la lutte contre le glioblastome

Des chercheurs canadiens font avancer la lutte contre le glioblastome
Photo: Chris YoungGord Downie des Tragically Hip est décédé en 2017 d'une tumeur au cerveau.

VANCOUVER — Des chercheurs canadiens ont identifié des gènes qui alimentent la croissance et la survie du glioblastome, une forme de cancer du cerveau, dans l’espoir que leurs données seront exploitées afin de mettre au point des traitements ciblant le type de tumeur agressive qui a coûté la vie à Gord Downie, le chanteur du groupe The Tragically Hip.

Le principal défi réside dans le fait que même après l’élimination de 99 pour cent d’une tumeur de ce type, quelques cellules restantes se multiplient comme des tentacules et se régénèrent dans une autre partie du cerveau où une intervention chirurgicale n’est plus envisageable.

Le docteur Peter Dirks, co-chercheur principal d’une étude publiée mardi dans la revue «Cell Reports», a expliqué que malgré les recherches en génomique qui ont conduit à de meilleurs traitements médicamenteux pour divers cancers au cours de la dernière décennie, peu de progrès ont été réalisés dans le traitement du glioblastome, une maladie qui reste en grande partie un mystère.

«C’est une façon misérable de mourir parce qu’en impliquant votre cerveau, cela vous prive de votre identité», a illustré le docteur Dirks, qui a découvert en 2003 l’existence de cellules souches cancéreuses dans les tumeurs cérébrales. L’un des membres de sa famille a par ailleurs succombé au glioblastome.

«Cela a eu lieu il y a quelques années et ça a certainement continué à renforcer mon engagement à faire de notre mieux pour continuer à essayer de faire avancer les choses», a déclaré le neurochirurgien et scientifique principal de la recherche sur les tumeurs au cerveau à l’Hôpital pour enfants de Toronto.

Les résultats de l’étude, qui inclut des recherches de M. Dirks et de chercheurs de l’Université de Toronto et de l’Université de Calgary, pourraient aider les scientifiques du monde entier à proposer de nouveaux médicaments allant au-delà des traitements de radiothérapie et de chimiothérapie habituels, qui sont généralement inefficaces face au glioblastome, a expliqué le docteur Dirks.

Son équipe de recherche a fourni dix cultures de cellules souches de glioblastome pour une expérience utilisant une technologie génétique puissante appelée CRISPR-Cas 9 afin d’analyser les 20 000 gènes de chacun des échantillons pour déterminer ceux qui sont importants dans la prolifération et la croissance des cellules de glioblastome.

Repérer les gènes importants

Le docteur Stephane Angers, co-chercheur principal de cette partie de l’étude à l’Université de Toronto, a expliqué que la protéine Cas9 permet de repérer les gènes qui jouent un rôle important dans la progression des cellules tumorales.

«C’est comme si vous preniez tous les composants pour fabriquer une voiture et les mettiez sur le trottoir, a-t-il illustré à propos de l’expérience qui analysait systématiquement chaque gène. Un ingénieur pourrait vous dire quelles pièces du moteur sont importantes pour faire avancer la voiture. Notre étude a essentiellement permis d’identifier les pièces du moteur, à savoir les pièces des cellules qui sont vraiment importantes pour la croissance de la cellule tumorale.»

La technologie pourrait un jour permettre à Cas9 de couper et de désactiver les «mauvais» gènes, permettant ainsi de remplacer les mutations d’ADN responsables de maladies par de nouvelles séquences d’ADN.

«Nous allons maintenant essayer de concevoir des inhibiteurs, des médicaments, des petites molécules et des anticorps pour interrompre le fonctionnement de ces gènes, a-t-il dit. Ce que nous fournissons maintenant à la communauté scientifique (…), si vous voulez, c’est le manuel d’instruction de comment nos cellules cancéreuses du glioblastome fonctionnent.»

Parmi les milliers de gènes analysés, un gène appelé DOT1L s’est avéré nécessaire à la persistance de la tumeur dans sept des dix échantillons.

Le docteur Samuel Weiss, de la faculté de médecine de Calgary, a démontré que le même gène est également impliqué dans la croissance de certaines leucémies, pour lesquelles un médicament particulier est actuellement utilisé en tant que traitement.

Le docteur Angers a prévenu que le médicament n’entre pas bien dans le cerveau et qu’il ne pouvait donc pas être testé immédiatement chez les patients atteints de glioblastome, bien qu’il puisse éventuellement être modifié pour améliorer son administration cérébrale et faire l’objet d’essais cliniques visant à déterminer son utilité.

Les docteurs Dirks et Angers ont expliqué que même si leur étude laissait entrevoir un traitement sur mesure à l’avenir, il reste encore beaucoup à faire pour mettre en place les pièces du puzzle du glioblastome. La maladie a également coûté la vie au député néo-démocrate Paul Dewer, aux sénateurs américains John McCain et Ted Kennedy, et au fils de l’ancien vice-président américain Joe Biden, Beau Biden.

Le taux de survie est d’environ huit pour cent après cinq ans. La maladie est diagnostiquée chaque année chez environ 1500 adultes canadiens et 150 enfants. La durée moyenne de survie après le diagnostic est d’environ 14 mois.

Camille Bains, La Presse canadienne