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Ubisoft offre la version numérique de Notre-Dame d’«Assassin Creed» en réconfort

Ubisoft offre la version numérique de Notre-Dame d’«Assassin Creed» en réconfort
Photo: HO-Ubisoft MANDATORY CREDITNotre-Dame de Paris en 3D, dans le jeu vidéo Assassin's Creed.

MONTRÉAL — Alors que la cathédrale Notre-Dame de Paris, ravagée par les flammes, se prépare à des années de reconstruction, un jeu vidéo conçu à Montréal peut apporter un peu de réconfort virtuel à ceux qui souhaiteraient revisiter l’église, de sa flèche à ses tours, en passant par sa voûte caverneuse.

Les artistes et les historiens responsables du jeu «Assassin’s Creed Unity», paru en 2014, ont passé 14 mois à parcourir des photos, des vidéos et des plans architecturaux afin de recréer un modèle numérique si réaliste que certains se sont demandé s’il pourrait aider à la reconstruction de la cathédrale du XIIe siècle.

L’historien Maxime Durand, de l’éditeur de jeux Ubisoft, doute que les plans numériques de la société soient nécessaires à ces efforts, mais il espère que le jeu puisse malgré tout contribuer à la rénovation, si ce n’est qu’en rappelant aux gens la beauté de la structure.

«Je crois que les architectes n’auront pas besoin de nos plans numériques pour reconstruire la cathédrale», a-t-il affirmé lors d’une entrevue téléphonique.

«Ceci dit, si la reconstruction que nous avons faite pour le jeu peut servir à enthousiasmer les gens pour sa reconstruction, si elle peut permettre à une personne de la visiter (virtuellement) en attendant de pouvoir y aller un jour (…) ce serait déjà notre contribution.»

M. Durand souligne que ce ne serait pas la première fois que l’art contribuerait à la rénovation de Notre-Dame.

Le roman de Victor Hugo «Le bossu de Notre-Dame», paru en 1831, a permis de faire mieux connaître la cathédrale gothique, qui était alors négligée depuis un certain temps. Le livre a conduit à un important projet de restauration et à la construction de sa flèche, qui s’est effondrée lundi.

Victor Hugo espérait que son roman «enthousiasmerait les gens à propos du monument, ce qui a notamment contribué à revitaliser le monument, à le rénover de la façon dont nous le voyons de nos jours», explique M. Durand.

Ubisoft n’a pas précisé si elle avait proposé ses plans numériques pour faciliter les efforts de reconstruction. Mais mercredi, le concepteur français de jeux vidéo a annoncé qu’il ferait don de 500 000 euros, soit un peu plus de 750 000 $, pour la reconstruction et qu’il permettrait aux gens de télécharger gratuitement la version pour ordinateur de son jeu «Unity» pendant une semaine.

«Les jeux vidéo peuvent nous permettre d’explorer des lieux d’une manière que nous n’aurions jamais imaginée autrement», a expliqué l’entreprise dans un communiqué. «Nous espérons, avec ce petit geste, offrir à chacun l’occasion d’apprécier notre hommage virtuel à cette pièce monumentale d’architecture.»

Ambiance plus sombre au XVIIIe siècle

La cathédrale est la pièce maîtresse du jeu qui se déroule pendant la Révolution française. Elle a été recréée principalement par l’artiste Caroline Miousse, qui a travaillé pendant 14 mois avec une équipe comprenant M. Durand et un artiste en textures.

Ensemble, ils ont étudié des photos, des vidéos et des plans architecturaux modernes et historiques pour créer une version tridimensionnelle de la structure pouvant être examinée sous tous les angles.

M. Durand assure que «l’hommage» du jeu à la cathédrale est grandement fidèle à la réalité, à quelques exceptions près. Par exemple, les artistes ont choisi d’inclure la célèbre flèche de l’église, même si celle-ci n’a été reconstruite que quelques décennies après l’époque où se déroule le jeu.

M. Durand explique qu’en raison des bouleversements propres à la Révolution française, l’intérieur de la cathédrale, au XVIIIe siècle, offrait une ambiance plus sombre que celle que les visiteurs récents auraient pu ressentir.

«Au début, c’était encore une cathédrale, mais elle est devenue une cathédrale d’État, puis elle a été abandonnée et utilisée pour stocker des canons et des marchandises.» Après la Révolution, des voleurs en ont pillé l’intérieur, puis elle a été abandonnée pendant une courte période, précise-t-il.

«De nos jours, les gens ne ressentent pas cette oppression lorsqu’ils entrent dans le monument.»

M. Durand estime qu’il serait «très agréable» que le travail d’Ubisoft puisse aider à reconstruire la cathédrale, mais répète qu’il doute que les documents numériques soient nécessaires.

Il souligne notamment que la représentation de la cathédrale par Mme Miousse a été construite sans qu’elle-même ne l’ait jamais vue en personne. En fait, sa première visite de la cathédrale n’a eu lieu qu’une fois son travail sur le jeu terminé.

«Je crois que cela démontre que la reconstruction est possible sans l’aide du jeu, mais entre-temps, le jeu est là pour ceux qui voudraient l’explorer.»

Morgan Lowrie, La Presse canadienne