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De fortes pluies attendues d’ici samedi suscitent l’inquiétude

De fortes pluies attendues d’ici samedi suscitent l’inquiétude
Photo: THE CANADIAN PRESS/Jacques BoissinotPlusieurs régions du Québec sont touchées par des inondations.

«Le message est très simple: évacuez, sortez de là!»

C’est avec ces mots, qui auraient pu provenir de la bouche de plusieurs de ses homologues, que le maire de Rigaud, Hans Grunwald, a averti ses citoyens d’une crue importante et d’inondations probables à venir avec les pluies torrentielles attendues au cours des trois prochains jours.

Le maire Grunwald a cependant été clair: des sacs de sable sont disponibles, mais la Ville ne fera ni la livraison ni le remplissage.

«Les sacs de sable, à moins de savoir exactement la hauteur (de l’eau), ça ne donne rien parce qu’il manque toujours deux pouces. J’ai vu en 2017 des gens s’arracher le coeur à travailler 24 heures sur 24 pendant deux semaines pour réaliser qu’en dernier, il manquait deux pouces et (ils ont eu) les mêmes dommages que s’il n’y avait pas eu de sacs de sable», a-t-il dit.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, avait elle-même lancé un appel similaire à l’échelle provinciale un peu plus tôt, s’adressant aux citoyens des nombreuses régions à risque de voir Dame Nature se déchaîner au cours des prochaines heures.

«Le message que je veux passer aujourd’hui à tous les citoyens, à toutes les municipalités qui sont dans des zones à risque: ne prenez aucun risque inutile, (…) collaborez avec les autorités si on vous demande de quitter votre résidence, si on vous demande de prendre des mesures préventives», a lancé la ministre lors d’une mêlée de presse jeudi matin à l’Assemblée nationale.

À Gatineau, ville durement éprouvée en 2017, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a expliqué avoir agi très rapidement car on n’y bénéficiera pas du luxe du temps, comme ce fut la cas il y a deux ans.

«En 2017 on avait eu plusieurs semaines pour se préparer parce qu’on avait eu un premier épisode et ensuite un deuxième. (…) Ce qu’on a vécu en quelques semaines, on pourrait être obligés de le vivre en quelques jours», a-t-il fait valoir.

La Ville a déjà commencé une distribution de sacs de sable, les centres de services d’urgence sont déjà prêts et les équipes déployées. On a même amorcé l’enrochement de certaines rues pour endiguer un éventuel débordement de la rivière des Outaouais.

Montréal et Laval à pied d’oeuvre

La sécurité civile rapporte déjà des inondations mineures dans la grande région de Montréal ainsi qu’en Estrie.

À Laval, quelque 800 résidences sont menacées et les autorités municipales ont amorcé une distribution de sacs de sable et on annonce déjà l’ouverture d’un centre de services pour d’éventuels sinistrés samedi. Le maire Marc Demers a déclaré l’état d’urgence en invoquant les «inondations imminentes».

Les prévisions d’une hausse des niveaux d’eau et des débits sur les rivières des Mille-Îles et des Prairies se concrétisent de plus en plus et la Ville de Montréal s’est également mise à l’oeuvre dans l’immédiat en érigeant des digues dès jeudi.

L’expérience de 2017 a évidemment été mise à profit et les trois secteurs les plus touchés la dernière fois sont au coeur de l’intervention municipale, soit Pierrefonds, l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville et l’Île Bizard.

Beauceville: première d’une série à venir

C’est la ville de Beauceville qui a été la première à avoir son baptême de feu mardi et mercredi et elle demeure en état d’alerte, alors que les dégâts du sévère débordement de la Chaudière sont encore présents partout en plein coeur de la municipalité, particulièrement sous forme de blocs de glace qui jonchent non seulement les rues, mais bien l’intérieur et les sous-sols des maisons et bâtiments inondés par la débâcle de mardi matin.

Tout le bassin de la rivière Chaudière est mobilisé, puisque l’embâcle qui a provoqué l’inondation de Beauceville s’est déplacé en aval de la ville, mais menace toujours celle-ci s’il reste bloqué et que le niveau de l’eau monte. L’embâcle menace également les municipalités en aval, notamment Saint-Joseph, Vallée-Jonction, Sainte-Marie, Scott et Saint-Étienne-de-Lauzon, en cas de rupture.

Pour ajouter à l’incertitude, les prévisions révisées d’Environnement Canada dans le secteur de la Beauce font état de précipitations attendues à hauteur de 40 à 70 millimètres de pluie.

Quand le ciel nous tombe sur la tête

De nombreuses autres rivières des régions de Montréal, de l’Outaouais et de l’Estrie qui ne sont pas sorties de leur lit, ainsi que celles d’autres régions, notamment en Montérégie, dans le Centre-du-Québec, dans Laurentides-Lanaudière et en Mauricie, sont menaçantes.

L’inquiétude tourne autour des prévisions d’Environnement Canada et un survol fait état, d’ici à samedi, d’une possibilité de 25 à 50 millimètres de pluie dans les régions du sud du Québec, soit de l’Outaouais à l’Estrie en passant par Montréal, la Montérégie, les Laurentides et le Centre-du-Québec.

Plus au Nord et à l’Est, soit dans les régions de Lanaudière, de la Mauricie et de Québec, on parle plutôt de quantités allant de 30 à 60 millimètres de pluie et, plus à l’Est, dans Chaudière-Appalaches, dans le Bas-du-Fleuve, en Gaspésie et sur la Haute-Côte-Nord, les prévisions font état de 30 à 65 millimètres et possiblement jusqu’à 80 millimètres de pluie d’ici samedi soir.

Dans les régions plus au Sud, les rivières sont déjà gonflées par la fonte des neiges et des glaces, mais plus on se dirige vers l’Est et le Nord, la fonte est loin d’être terminée et s’ajoutera aux précipitations.

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Inondations mineures déjà en cours

– Fleuve Saint-Laurent (au lac-Saint-Pierre)

– Lac des Deux Montagnes (à Sainte-Anne-de-Bellevue, Terrasse-Vaudreuil, Baie Quesnel, Baie de Rigaud)

– Rivière des Mille-Îles (En aval du barrage du Grand-Moulin à Deux-Montagnes)

– Lac Memphrémagog (à Memphrémagog)

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Secteurs sous surveillance

– Fleuve Saint-Laurent (à Port-Saint-François)

– Lac Champlain (dans la baie Missisquoi à Saint-Armand)

– Lac des Deux Montagnes (à Pointe-Calumet)

– Lac Massawipi (à North Hatley)

– Lac Saint-Louis (à Sainte-Anne-de-Bellevue)

– Rivière Beaurivage (à Saint-Étienne)

– Rivière Chaudière (à Saint-Lambert-de-Lauzon, au barrage Sartigan, au pont-route 108 à Beauceville, au pont-route 271 à Saint-Georges, au nord du pont-route 171 à Scott, au pont-route 276 à Saint-Joseph)

– Rivière de la Petite Nation (à 1,6 km de Ripon)

– Rivière des Mille-Îles (à Bois-des-Filion)

– Rivière des Outaouais (à la marina de Hull)

– Rivière des Prairies (aux rapides du Cheval Blanc)

– Rivière Famine (à 6,3 km du pont-route 173 à Saint-Georges)

– Rivière Richelieu (à Carignan aux rapides Fryers, à Saint-Jean-sur-Richelieu, à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix)

– Rivière Saint-François (au barrage Aylmer)

– Rivière Ristigouche (embâcle; 9 résidences isolées)

– Rivière l’Assomption (embâcle à Saint-Félix-de-Valois)

– Rivière Rouge (embâcle à Harrington)

Pierre Saint-Arnaud, La Presse canadienne