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Élections à l’Île-du-Prince-Édouard: tous les yeux sont rivés sur le Parti vert

Élections à l’Île-du-Prince-Édouard: tous les yeux sont rivés sur le Parti vert
Photo: Andrew Vaughan/La Presse canandiennePeter Bevan-Baker du Parti Vert à l'Île-du-Prince-Édouard.

Après une brève campagne électorale sans grand rebondissement, les électeurs de l’Île-du-Prince-Édouard semblent prêts à faire bouger les choses et à passer à l’histoire en se rendant aux urnes mardi.

Le Parti vert de la province, dirigé par le dentiste d’origine écossaise Peter Bevan-Baker, connaît depuis plus d’un an une progression dans les sondages, ce qui laisse croire qu’il pourrait former le premier gouvernement vert du Canada.

«La campagne n’a pas été particulièrement fascinante, mais je pense que la soirée électorale le sera», soutient Don Desserud, professeur de sciences politiques à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.

Un récent sondage de la firme Narrative Research pour le compte du journal «The Guardian» de Charlottetown suggère que les verts ont maintenu leur avance, mais celle-ci se trouve dans la marge d’erreur. Les conservateurs et les libéraux ne sont pas loin derrière.

Ces chiffres serrés brandissent également le spectre d’un gouvernement minoritaire, ce qui constituerait également un moment historique pour l’île: la dernière fois qu’une minorité a été portée au pouvoir remonte à 1890.

Les insulaires font alterner des gouvernements libéraux et conservateurs depuis la Confédération. Et une tendance se dégage depuis le milieu des années 1960: les gouvernements sont généralement écartés après trois mandats, bien que les libéraux aient obtenu un quatrième mandat en 1978, pour ensuite perdre le pouvoir un an plus tard.

Les libéraux du premier ministre Wade MacLauchlan briguent justement un quatrième mandat le 23 avril, ce qui pousse certains détracteurs à affirmer que le temps est venu pour eux de céder leur place.

Un bilan économique enviable

Bien que l’économie de la province soit parmi les plus fortes au pays, les électeurs semblent peu disposés à attribuer ce succès à M. MacLauchlan.

Donald Savoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique à l’Université de Moncton, se dit ahuri par le peu de crédit accordé aux libéraux.

«Il est difficile d’imaginer comment le gouvernement MacLauchlan aurait pu produire un meilleur bilan économique avant de se rendre aux urnes», a écrit M. Savoie dans un récent éditorial, évoquant une performance intéressante en matière d’emploi, de salaires, d’immigration, de mises en chantier, d’exportations, de vente au détail et de tourisme.

Qu’est-ce qui a donc poussé un électorat aux valeurs conservatrices à envisager un parti plus progressiste?

Peter Bevan-Baker y voit le reflet d’un mouvement plus large qui se détourne de la politique conventionnelle, l’expression locale d’un phénomène mondial.

En tant que chef, il a passé les trois dernières années à refaire avec soin la marque du parti en remettant constamment en cause l’idée selon laquelle les verts se consacrent uniquement au militantisme environnemental.

Pendant la campagne électorale, il s’est fait un point d’honneur de se concentrer sur les questions sociales, faisant de la hausse des taux d’assistance sociale et du nombre de logements abordables des priorités.

En ce qui concerne les progressistes-conservateurs, le parti profondément ancré dans l’Île-du-Prince-Édouard est aux prises avec des guerres intestines. Au cours des huit dernières années, la formation a connu pas moins de six chefs.

Quant aux néo-démocrates dirigés par Joe Byrne, ils ne parviennent pas à franchir le seuil de 10 pour cent de la faveur populaire dans les sondages depuis un an.

Michael MacDonald, La Presse canadienne