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Les verts de l’Î.-P.-É. espèrent former leur tout premier gouvernement au pays

Les verts de l’Î.-P.-É. espèrent former leur tout premier gouvernement au pays
Green Leader Peter Bevan-Baker makes a point at the provincial leaders debate at the Harbourfront Theatre in Summerside, P.E.I. on Tuesday, April 16, 2019. THE CANADIAN PRESS/Andrew Vaughan

CHARLOTTETOWN — Peter Bevan-Baker, dentiste affable à l’accent écossais très distinctif, s’est présenté à neuf reprises pour les verts — au fédéral et au provincial — avant de finalement remporter un siège à l’Assemblée législative de l’Île-du-Prince-Édouard, en 2015. Le leader du Parti vert dans cette province pourrait devenir mardi le premier chef d’un gouvernement écologiste au Canada, à l’issue des élections générales dans l’île.

Les sondages suggèrent que M. Bevan-Baker est toujours très apprécié dans la petite province insulaire et que son parti est bien positionné pour faire cette fois plus que ses deux sièges actuels.

«C’est quelqu’un de très sympathique et de très populaire», a résumé Don Desserud, politologue à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard. «Il jouit d’un soutien qui va bien au-delà de son parti: les gens l’appuient quelle que soit leur allégeance politique.»

M. Bevan-Baker a grandi en Écosse et, enfant, il a été dans les scouts: il soutient que cette expérience lui a inculqué le sens de l’ordre et la responsabilité. Arrivé au Canada en 1985, il a vécu à Terre-Neuve puis en Ontario avant de s’établir dans l’Île-du-Prince-Édouard en 2003; il était devenu citoyen canadien en 1992.

M. Bevan-Baker et sa femme ont eu quatre enfants. Dans l’île, il a dirigé une clinique dentaire, un café et une salle communautaire à Hampton. En 2015, il est devenu le tout premier député vert élu dans l’île.

Selon le professeur Desserud, Peter Bevan-Baker a la politique dans le sang. «C’est également un descendant de George Brown, l’éditeur original du (défunt quotidien torontois) «Globe» (l’ancêtre du «Globe and Mail») et leader du mouvement pour un gouvernement responsable en Ontario au 19e siècle. Il possède donc de solides compétences politiques au Canada.»

Mais le politologue rappelle aussi que M. Bevan-Baker est un politicien hors norme, qui fait de la politique autrement. «Il hésite beaucoup à critiquer. Il le fait quand il le juge nécessaire (…) mais il a tendance à essayer de promouvoir un message beaucoup plus positif que négatif.»

Aussi des mesures sociales

Ce message positif semble avoir donné le ton à la campagne électorale, qui est demeurée relativement polie. Le Parti vert a publié l’intégralité de sa plate-forme de 30 millions $ en tout début de campagne, il y a un mois. Un tiers de ses dépenses prévues — 10 millions $ — irait à une hausse des taux d’aide sociale. L’augmentation du nombre de logements abordables est également une des grandes priorités des verts.

La campagne a pris un ton sombre dans les derniers jours avec la mort tragique du candidat vert John Underhay. Son jeune fils et lui ont péri dans un accident de canoë vendredi après-midi. Les verts, en avance dans les sondages récents, ont annulé toutes leurs activités de campagne depuis. Le directeur général des élections a de son côté annulé le scrutin dans cette circonscription; une élection partielle aura lieu au cours des trois prochains mois.

«Ces deux derniers jours ont été parmi les plus difficiles de ma carrière politique, partagé entre mon chagrin personnel face à la mort du candidat et ami Josh Underhay, et mes obligations en tant que chef du Parti vert», indiquait M. Bevan-Baker en fin de semaine dans un communiqué.

Le leader des verts a refusé les entrevues lundi, par respect pour M. Underhay, mais dans une entrevue récente accordée à La Presse canadienne, il se disait prêt à une éventuelle victoire. «Cette possibilité existe. Sur le plan émotionnel, politique et intellectuel, je me sens prêt à relever ce défi, contrairement peut-être à il y a un an», admettait-il. «Si vous votez vert, vous voterez pour quelque chose de différent et de nouveau. Je pense que les citoyens de l’île sont prêts au changement.»

Lors de la dissolution des travaux à l’Assemblée législative, on comptait 16 députés libéraux, huit conservateurs, deux verts et un indépendant.

Le premier ministre libéral Wade MacLauchlan a décrit son adversaire Bevan-Baker comme un politicien de carrière qui n’est pas né dans l’île, mais le professeur Dessurud estime que cette caractérisation n’a pas vraiment collé. «Cela ne semble pas avoir fonctionné, surtout à cause de ses activités sociales: il joue dans un groupe de jazz, il est bien connu lors d’événements caritatifs, il est considéré comme un membre bien établi de la communauté et je n’ai pas senti que les gens le considéraient comme un « outsider »», a déclaré le politologue.

Kevin Bissett, La Presse canadienne