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Le Canada devrait mettre en pratique sa «politique féministe» au Soudan du Sud

Le Canada devrait mettre en pratique sa «politique féministe» au Soudan du Sud
Photo: Sam Mednick/La presse canadienneJuba, Soudan du Sud.

OTTAWA — Un haut responsable des Nations unies estime que le Canada devrait saisir l’occasion de mettre en pratique sa «politique étrangère féministe» au Soudan du Sud et dans les pays africains voisins, aux prises avec une famine croissante et une crise des réfugiés.

«Le Canada peut faire davantage», a soutenu lundi en entrevue Arnauld Akodjenou, coordonnateur, au Soudan du Sud, du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. «C’est un cas qui pourrait avoir valeur de test: le Canada ne devrait pas rater cette occasion.»

M. Akodjenou était à Ottawa pour faire pression sur le gouvernement de Justin Trudeau afin que le Canada s’implique davantage au Soudan du Sud. La guerre civile a fait depuis cinq ans 400 000 morts et contraint 2,2 millions de personnes à fuir le pays, alors que 1,9 million d’autres ont été déplacés à l’intérieur des frontières. Or, 80 pour cent de ces réfugiés sont des femmes et des enfants, a plaidé M. Akodjenou, ce qui fait du Soudan du Sud un terreau idéal pour la nouvelle politique étrangère d’Ottawa, qui consiste à concentrer l’aide canadienne vers les femmes et les filles.

Le Canada entretient des relations étroites avec une demi-douzaine de pays voisins, qui eux-mêmes sont aux prises avec un afflux de réfugiés sud-soudanais. M. Akodjenou soutient qu’en aidant ces pays, le gouvernement canadien pourrait également faire en sorte que toute nouvelle aide aille beaucoup plus loin. Ces pays comprennent l’Éthiopie et l’Ouganda, ainsi que la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Kenya et le Soudan.

Un rapport du Programme alimentaire mondial des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture révélait en avril que le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie et le Soudan figuraient parmi les pays souffrant de famine extrême. Dans le seul Soudan du Sud, le Conseil norvégien pour les réfugiés estime que d’ici à juillet, 60 pour cent de la population sera confrontée à une «insécurité alimentaire aiguë».

Le Soudan du Sud, un pays riche en pétrole, est devenu en 2011 la plus récente nation du monde, après un processus de paix de six ans. Le pays est né de la partition du Soudan, gouverné par Khartoum, après une guerre civile de 22 ans qui a coûté la vie à deux millions de personnes et contraint quatre millions d’autres à quitter leur foyer.

Selon un rapport publié en 2000 par le respecté diplomate canadien John Harker, la société pétrolière albertaine Talisman Energy, achetée en 2015 et renommée Respol Oil and Gas, s’est rendue complice de l’éclatement de cette guerre civile, en aidant les forces gouvernementales dans le nord contre les rebelles dans le sud. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Lloyd Axworthy, avait publiquement semoncé Talisman.

L’aide canadienne au Soudan du Sud comprend près de 29 millions $ pour la sécurité et la stabilisation, et environ 98 millions $ en aide humanitaire.

Mike Blanchfield, La Presse canadienne