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Une expérience positive engendre de meilleurs souvenirs

Une expérience positive engendre de meilleurs souvenirs
Photo: Getty Images

MONTRÉAL — Les souvenirs associés à des expériences positives sont encodés de manière plus claire et plus détaillée par le cerveau, selon une expérience menée par des chercheurs américains, ce qui pourrait éventuellement avoir une utilité dans le traitement de la dépression.

Cela expliquerait pourquoi, par exemple, on se souvient aisément – coup de chance! – d’avoir stationné la voiture tout près de la porte du centre commercial, mais plus difficilement de la rangée anonyme dans laquelle on l’a laissée.

«(Les chercheurs américains) font beaucoup de liens avec le système de récompense», a souligné la docteure Marie-France Marin, de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Le protocole utilisé par les scientifiques de l’Université Brown est particulièrement complexe à décrire, mais il se résume à peu près à ceci: les sujets à qui on a présenté une image en leur annonçant qu’ils venaient aussi de gagner un petit montant d’argent en ont gardé un meilleur souvenir que les sujets qui ont réalisé un gain moindre ou inexistant.

Le premier groupe de sujets était ainsi en mesure de décrire les détails de l’image, et n’en gardait pas simplement un souvenir général.

«On sait qu’on se souvient toujours mieux des souvenirs positifs ou négatifs que des souvenirs neutres, a noté Mme Marin. Ça a déjà été démontré. Si je vous demande de vous souvenir de la pire chicane de votre vie ou de votre ‘surprise-party’ (…), c’est certain qu’on s’en souvient davantage que de ce qu’on a mangé pour déjeuner il y a trois jours.»

Elle cite en exemple les attentats du 11-Septembre: tous se souviennent où ils se trouvaient et avec qui ils étaient. Dans de telles situations, notre système de réponse physiologique s’active et signale au cerveau que ce souvenir est différent des autres et qu’il doit donc être encodé de manière différente.

«Les émotions nous enseignent quelque chose, qu’elles soient positives ou négatives, a dit Mme Marin. On est tellement confrontés à plein d’informations qu’on ne peut pas se rappeler de tout. (…) Les émotions viennent dire au cerveau (…) ‘si j’ai eu une excitation physiologique liée à cette image-là, ça doit être parce que c’est important, donc (ce souvenir-là), fais-le passer en priorité’.»

Traitement de la dépression

Cette étude pourrait trouver une utilité dans le traitement de la dépression. En effet, dit la chercheuse, on sait que les gens qui sont déprimés ont un biais vers les informations négatives. «Elles voient le verre d’eau à moitié vide et non à moitié plein», a-t-elle dit.

«Des études démontrent qu’un des principaux problèmes au niveau de la dépression serait vraiment que (les déprimés) n’ont pas suffisamment de souvenirs positifs, donc ce serait davantage un déficit au niveau des souvenirs positifs, et non le fait d’avoir des souvenirs négatifs, qui serait problématique», a précisé Mme Marin.

La communauté scientifique essaie donc de voir s’il y aurait des façons d’augmenter ou de promouvoir les souvenirs positifs; si oui, ça pourrait être quelque chose qu’on essaierait de promouvoir en thérapie avec les gens qui souffrent de dépression.

L’impact positif noté par rapport aux détails est particulièrement intéressant. Le phénomène inverse — le souvenir plus fragmenté associé à une expérience négative — était déjà connu en anglais sous le nom de «weapon focus phenomenon»: les témoins d’un vol à main armée sont pratiquement capables de donner le numéro de série de l’arme, mais pas de décrire l’apparence physique du suspect.

Il a ensuite été démontré, en laboratoire, que lors d’une expérience négative, une emphase extrême est mise sur l’information centrale, pendant que tout le reste passe inaperçu.

«Donc non ce n’est pas vrai de dire que toutes les émotions sont équivalentes: oui elles augmentent la mémoire, mais peut-être de façon un petit peu différente», a expliqué Mme Marin.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Nature Human Behaviour.

Jean-Benoit Legault, La Presse canadienne