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Des contrats de 15,7 G $ pour les chantiers maritimes de Halifax et de Vancouver

Des contrats de 15,7 G $ pour les chantiers maritimes de Halifax et de Vancouver

OTTAWA — Le gouvernement fédéral donne un coup d’accélérateur à sa stratégie de construction navale: il promet 15,7 milliards $ de nouveaux travaux aux chantiers navals de Vancouver et de Halifax, et entrouvre la porte à leur rival québécois de toujours, le chantier Davie.

Lors d’une conférence de presse à Vancouver, mercredi matin, le premier ministre Justin Trudeau a confirmé que le gouvernement commande pour la Garde côtière deux autres navires de patrouille dans l’Arctique au chantier naval Irving, de Halifax, qui construit déjà six navires de ce type pour la Marine, et 16 «navires polyvalents» au chantier Seaspan, de Vancouver.

La Garde côtière a désespérément besoin de nouveaux navires: des documents obtenus cette année par La Presse canadienne indiquaient que plus du tiers de ses 26 grands navires avaient dépassé leur durée de vie prévue. Et leur âge avancé affecte la capacité de la Garde côtière à faire son travail, notamment une couverture réduite en matière de recherche et de sauvetage, des perturbations du service de traversier et des annulations de réapprovisionnement dans l’Arctique.

«Compte tenu de l’augmentation du commerce maritime et des effets des changements climatiques que nous ressentons déjà, le nombre de demandes que recevra la Garde côtière canadienne continuera d’augmenter», a soutenu mercredi le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Jonathan Wilkinson.

M. Trudeau en a surpris plusieurs, par ailleurs, lorsqu’il a révélé que le gouvernement avait l’intention d’ajouter un troisième chantier naval à titre de partenaire de la Stratégie nationale de construction navale — ce qui semble être un signe de la tête pour le chantier Davie, de Lévis, près de Québec.

«Les deux chantiers navals actuels du Canada ne sont pas en mesure d’assurer eux-mêmes le renouvellement de la flotte», a déclaré M. Trudeau. «Nous commençons donc également un processus concurrentiel pour un troisième chantier afin d’aider à construire des navires au besoin», sans nommer précisément Davie.

Seaspan et Irving avaient été sélectionnés en 2011, à l’issue d’un concours, pour être les deux chantiers navals qui obtiendraient les contrats de milliards de dollars pour les nouveaux navires de la Marine royale et de la Garde côtière. Le chantier Davie avait participé sans succès au concours; il avait obtenu ensuite de haute lutte quelques contrats secondaires — notamment la conversion d’un porte-conteneurs en navire de soutien provisoire pour la Marine (l’Astérix) et trois brise-glaces d’occasion pour la Garde côtière.

Le chantier naval de Lévis a néanmoins fait pression sans relâche pour obtenir une place dans la Stratégie nationale de construction navale, soulignant les retards, les dépassements de coûts et le fait que ni Irving ni Seaspan n’avaient livré un navire.

M. Trudeau n’a pas garanti nommément à Davie une place à la table des grands, mercredi. Mais le porte-parole de l’entreprise, Frédérik Boisvert, a semblé confiant, affirmant que le chantier naval faisait désormais clairement partie de la Stratégie nationale. Ottawa «reconnaît que cette stratégie faillit à la tâche depuis des années pour le gouvernement, la Garde côtière canadienne et la Marine, a-t-il déclaré. Cette stratégie a cruellement besoin de capacités supplémentaires — et c’est précisément ce que peut offrir Davie.»

La tarte sera partagée

L’atmosphère était plus sombre au chantier Seaspan, où la moindre menace de se faire enlever des contrats par Davie est venue assombrir la commande de 16 nouveaux navires polyvalents.

Seaspan avait été choisi en 2011 dans le cadre de la Stratégie nationale pour construire quatre navires scientifiques, un brise-glace polaire pour la Garde côtière et deux navires de soutien pour la Marine. Bien que le chantier naval de Vancouver ait été perturbé par des retards, notamment des soudures défectueuses sur certains navires, l’entreprise a annoncé qu’elle progressait maintenant. Le premier navire scientifique devrait être livré le mois prochain.

En 2013, le gouvernement conservateur d’alors avait annoncé que Seaspan construirait ensuite 10 autres navires de la Garde côtière, mais aucun accord n’avait été finalisé. La promesse de 16 nouveaux navires polyvalents chasse maintenant l’incertitude pour ce chantier. Mais le vice-président de Seaspan, Tim Page, a déclaré que l’entrée d’un troisième joueur dans la Stratégie nationale soulevait de nouvelles questions sur la viabilité à long terme de l’entreprise — et de toute l’industrie.

«Nous ne sommes pas d’accord avec la nécessité d’ajouter un troisième chantier naval pour répondre aux besoins de nos clients canadiens, a-t-il soutenu mercredi. Nous craignons que l’entrée d’un troisième chantier naval ramène le Canada aux cycles d’expansion et de ralentissement qui ont défini les précédents programmes fédéraux de construction navale.»

Irving Shipbuilding n’a pas insisté sur l’arrivée éventuelle de ce nouveau joueur, se félicitant simplement de la décision du gouvernement d’acheter deux autres navires de patrouille dans l’Arctique.

Irving avait été choisi en 2011 pour construire cinq navires de patrouille dans l’Arctique et la nouvelle flotte de 15 navires de guerre de la Marine — des contrats de 60 milliards $, selon les estimations les plus récentes. Les libéraux ont commandé un sixième navire arctique et ont accepté de compenser Irving pour le ralentissement de la production, au coût de 800 millions $, afin d’éviter les mises à pied entre la fin des travaux du dernier navire arctique et le début des travaux des navires de guerre.

Même là, les fonctionnaires fédéraux et Irving prévenaient qu’il existait toujours la menace d’un écart de 18 à 24 mois entre la production des deux flottes.

Lee Berthiaume, La Presse canadienne