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Inconduites dans l’armée: «Le travail d’une génération», croit Stéphanie Raymond

Inconduites dans l’armée: «Le travail d’une génération», croit Stéphanie Raymond
Photo: Getty Images/iStockphoto

OTTAWA — La caporale-chef à la retraite Stéphanie Raymond convient que «ce n’est pas en quatre ans» qu’il y aura des améliorations au sein des Forces armées canadiennes (FAC) pour le traitement des plaintes d’agression sexuelle. «Ce sera le travail d’une génération», dit celle qui tente d’obtenir justice depuis près de huit ans.

Un nouveau sondage de Statistique Canada révèle qu’il y a eu peu de progrès pour les victimes d’agressions sexuelles au sein des FAC. Un constat décevant, selon le vice-chef d’état-major de la défense, Paul Wynnyk, alors que le monde militaire tente de redorer son image depuis la mise en place de l’opération HONOUR en 2015.

«C’est à peine si on commence à voir une amélioration au niveau de la culture du viol et de la culture du « victim blaming » (au sein de la société en général). Ça change extrêmement lentement. C’est de génération en génération que ça va changer», affirme Mme Raymond, en entrevue avec La Presse canadienne.

En 2012, l’ex-caporale-chef avait déposé une plainte pour agression et harcèlement sexuel contre son supérieur, l’adjudant André Gagnon, pour des faits survenus en 2011. Il s’en est suivi une saga judiciaire qui se poursuit encore aujourd’hui.

Puisque les deux personnes concernées étaient membres des FAC et que l’agression alléguée s’est déroulée dans des installations militaires, c’est d’abord un comité de cinq militaires hommes qui a déclaré que M. Gagnon non coupable d’agression sexuelle.

La Cour d’appel de la Cour martiale avait annulé l’acquittement de l’adjudant et ordonné la tenue d’un nouveau procès. Cette décision a été validée par la Cour suprême à l’automne 2018 et le dossier a été transféré au civil.

Les chiffres dévoilés mercredi par Statistique Canada démontrent que les militaires sont encore nombreux à refuser de dénoncer l’agression dont ils ont été victimes par crainte de représailles. Cela peut s’expliquer par le fait que de nombreux incidents mettent en cause un superviseur ou une personne occupant un grade supérieur.

Mme Raymond convient qu’il est «plus difficile» de dénoncer les abus sexuels dans le monde militaire que dans la société civile.

«C’est propice à des dérapages, comme l’abus de pouvoir, l’alcool qui est bu sur les bases et la proximité, aussi. On vit ensemble du matin au soir, on va dormir ensemble dans des camps, on s’entraîne ensemble… C’est comme un monde à part», décrit-elle.

«C’est difficile à comprendre pour quelqu’un qui n’a jamais été dans les Forces», ajoute-t-elle.

Pour combattre ce fléau, le chef d’état-major de la défense, le général Jonathan Vance, multiplie les efforts pour mettre sur pied des ressources de soutien. Un rapport sur l’opération HONOUR est publié à chaque année depuis quatre ans pour fournir une mise à jour sur les comportements sexuels inappropriés et criminels au sein de l’armée.

Mais cette opération donne de «faux espoirs» aux victimes d’agressions sexuelles qui espèrent obtenir justice, fait valoir Mme Raymond. À son avis, le problème réside plutôt dans le fait que le tribunal militaire enquête sur ses pairs.

Mme Raymond attend toujours des nouvelles à la suite de la décision de Cour suprême, mais elle se dit confiante de remporter sa bataille longue de huit ans. «C’est long à changer des moeurs, mais encore plus dans l’armée», dit-elle.

Catherine Lévesque, La Presse canadienne