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Michel Cadotte condamné à deux ans moins un jour pour avoir tué sa femme

Michel Cadotte condamné à deux ans moins un jour pour avoir tué sa femme
Photo: La Presse canadienne/Paul ChiassonMichel Cadotte, entouré de ses avocats

MONTRÉAL — Michel Cadotte, condamné pour avoir étouffé sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, devra encore passer deux ans moins un jour en prison, a annoncé la juge Hélène Di Salvo, qui dit espérer que les «cris d’alarme» des proches aidants aient été entendus pendant ce procès.

Le meurtre de Jocelyne Lizotte dans un établissement de soins de longue durée nécessitait une réponse forte, a déclaré la juge de la Cour supérieure du Québec dans sa décision rendue mardi.

«Quelle que soit la motivation et même au nom de la compassion, le geste doit être dénoncé», a-t-elle déclaré.

Mais des questions sociétales plus vastes concernant le soutien aux proches aidants, l’impuissance, la vie dans les établissements de soins de longue durée et le traitement de la maladie d’Alzheimer ont toutes été exposées au grand jour dans cette affaire.

«Le tribunal est fort conscient que cette affaire a soulevé les passions dans l’opinion publique, a indiqué la juge. En tant que citoyens, on ne peut qu’espérer que les cris d’alarme concernant les difficultés des aidants naturels, ainsi que la problématique du nombre grandissant de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer auront été entendus.»

La juge a toutefois souligné que son rôle était de déterminer une peine juste pour M. Cadotte, ajoutant que ni la Couronne ni la défense n’étaient parvenues à lui fournir de jurisprudence pour l’éclairer.

Un jury a déclaré Michel Cadotte coupable d’homicide involontaire coupable pour avoir étouffé sa femme Jocelyne Lizotte, qui était atteinte d’un stade avancé d’Alzheimer. Elle ne pouvait plus parler ou prendre soin d’elle-même. Un médecin avait toutefois témoigné qu’elle n’était pas considérée en fin de vie, et qu’elle recevait des soins pour qu’elle soit confortable dans les circonstances.

Michel Cadotte était clairement en amour avec Mme Lizotte, a reconnu la juge Di Salvo, mais en lui enlevant la vie le 20 février 2017, «il a commis l’irréparable, il a causé la mort par suffocation de la femme qu’il aimait et contrairement à ce que d’aucun(s) pourrai(ent) penser, ceci ne fait pas de lui un héros».

En plus de la peine de prison qu’il devra purger dans un pénitencier provincial, M. Cadotte s’est fait imposer trois ans de probation, ainsi que 240 heures de travail communautaire à compléter lorsqu’il sera libéré.

La Couronne et la défense déçues

La peine, qui s’ajoute aux 205 jours que M. Cadotte avait passés en prison avant le procès, est bien plus clémente que la suggestion de la Couronne. Elle avait fait valoir qu’il devait être condamné à huit ans de prison compte tenu de la vulnérabilité de la victime et du caractère violent de sa mort, survenue le 20 février 2017.

La procureure Geneviève Langlois a déclaré que la Couronne ferait un examen minutieux du jugement avant de déterminer s’il pourrait y avoir un appel.

«Bien évidemment, il ne s’agit pas de la peine que nous avions suggérée», a-t-elle reconnu.

Les avocats de M. Cadotte, qui avaient recommandé une peine de six à douze mois de prison, se sont dits «surpris» et ont avoué que ce verdict était «difficile à digérer».

«Notre société fut la trame de ce drame. Force est de constater que malgré tout ça, malgré les émotions, malgré les pertes, absolument rien n’a changé», a déclaré Elfriede-Andrée Duclervil.

«On fait face clairement à un problème de société», a-t-elle ajouté.

Aide médicale à mourir

Michel Cadotte, âgé de 58 ans, a été reconnu coupable il y a trois mois d’avoir tué sa femme, duquel il prenait soin depuis neuf ans. Le jour du meurtre, il était déprimé, se remettait d’une fin de semaine de beuverie et avait été triste de constater que sa femme avait le cou tordu, sans appui pour le soutenir. Il affirme avoir pleuré et avoir eu de la difficulté à la nourrir.

M. Cadotte dit avoir du mal à expliquer la suite. Après avoir tenté à quelques reprises de placer un oreiller sur sa tête, il l’avait pris pour le mettre sur son visage dans le but de l’étouffer.

Lors du procès, on a appris que M. Cadotte avait tenté d’obtenir l’aide médicale à mourir pour sa femme un an plus tôt. Elle n’était toutefois pas admissible, puisqu’elle n’était pas considérée en fin de vie et qu’elle ne pouvait pas donner son consentement.

La juge Di Salvo a mentionné que les élus avaient pris soin d’encadrer l’aide médicale à mourir, ajoutant que les citoyens ne pouvaient pas se faire justice eux-mêmes.

Cette affaire avait été considérée par certains comme un «meurtre par compassion» — une infraction qui n’existe pas dans le Code criminel.

«Si nous pouvons comprendre que la situation dans laquelle Monsieur Cadotte s’est retrouvé ait pu entraîner le geste fatidique, il demeure qu’aux yeux du droit, ce geste ne peut être excusé», a statué la juge Di Salvo.

«Causer illégalement la mort d’un être humain constitue et constituera toujours un acte répréhensible qui doit être sanctionné.»

Sidhartha Banerjee, La Presse canadienne