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Les tarifs que Trump veut imposer au Mexique menacent le nouvel ALENA

Les tarifs que Trump veut imposer au Mexique menacent le nouvel ALENA
President Donald Trump waves at the crowd at the U.S. Air Force Academy graduation Thursday, May 30, 2019 at Air Force Academy, Colo. Trump says he'll put tariffs on all goods from Mexico starting next month, a move that could blow up chances of ratifying the new North American free-trade agreement.THE CANADIAN PRESS/AP/David Zalubowski

OTTAWA — Alors que le brouillard de l’incertitude entourant le nouvel accord commercial nord-américain commençait à se dissiper, le Canada s’est retrouvé à nouveau embarrassé vendredi après que le président américain Donald Trump eut soudainement menacé le Mexique de nouveaux tarifs douaniers liés à l’afflux de migrants à la frontière sud.

Le vice-président Mike Pence venait tout juste de quitter l’espace aérien canadien après une visite amicale pour promouvoir le nouvel accord entre les trois pays lorsque Donald Trump a soudainement annoncé un ultimatum au Mexique: freinez l’afflux de migrants vers le Nord, ou faites face à plus de tarifs sur vos biens.

Dans une note envoyée à des clients, l’avocat établi en Ohio Dan Ujczo était sans équivoque: ces nouveaux tarifs pourraient éloigner encore davantage la ratification de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), surtout que le Congrès américain n’avance pas beaucoup sur le sujet.

Il y a moins de deux semaines, les États-Unis ont levé les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, qui affectaient le Canada et le Mexique. Les deux pays avaient signalé que cette mesure retardait encore davantage la ratification de l’accord.

Mardi, Mike Pence était tout sourire à Ottawa lorsqu’il a promis plusieurs fois de mener un effort concerté à Washington pour s’assurer que le Congrès ratifie l’ACEUM. Cet optimisme s’était presque évaporé, vendredi.

Donald Trump et Justin Trudeau ont eu une conversation téléphonique vendredi, mais une description de l’appel divulguée par le bureau du premier ministre ne faisait pas mention des derniers développements. Les deux dirigeants auraient cependant «réitéré leur engagement envers l’Accord de libre-échange nord-américain et ont accueilli favorablement les progrès en vue de la ratification».

Bruce Heyman, qui était ambassadeur des États-Unis au Canada à l’ère de Barack Obama, croit que le nouvel accord sera éventuellement ratifié, mais il prévient que cela pourrait arriver après l’élection présidentielle de 2020.

Lors d’un rassemblement visant à promouvoir son nouveau livre, M. Heyman a dit qu’il était encore trop tôt pour évaluer les impacts des nouvelles menaces du président Trump.

«Nous ne savons pas si cela va réellement arriver. Rappelez-vous, c’est l’incendiaire qui va ensuite éteindre le feu et dire: « De rien ». C’est cru, c’est nouveau, c’est hostile. Mais c’est ainsi qu’il joue», a-t-il soutenu.

Pour sa part, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a refusé de spéculer sur les menaces déclarations du président.

«La question aujourd’hui est vraiment une question bilatérale, une question bilatérale entre les États-Unis et le Mexique, a-t-elle déclaré à la Chambre des communes. Il s’agit de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Il est important de respecter la souveraineté de nos deux voisins, les États-Unis et le Mexique.»

Le Canada ira de l’avant pour ratifier l’entente comme le font les deux autres pays, a ajouté Mme Freeland. Autrement dit, si l’un ou les deux ne respectent pas l’accord, le Canada ne fera pas avancer les choses.

L’accord commercial n’entrera en vigueur que lorsque les élus des trois pays le ratifieront.

Le gouvernement Trudeau a présenté un projet de loi pour assurer la ratification de l’accord plus tôt cette semaine. Le temps commence à presser, tandis qu’il ne reste que quelques semaines avant la pause estivale de la Chambre des communes, qui ne devrait pas siéger avant les élections fédérales de l’automne.

James McCarten, La Presse canadienne