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Les technologies audio font reculer le braille, selon des experts

Les technologies audio font reculer le braille, selon des experts
Photo: THE CANADIAN PRESS/Fred ChartrandDe moins en moins de personnes ayant une déficience visuelle apprennent à lire le braille, car les livres audio et la technologie vocale supplantent l'écrit.

VANCOUVER — Le braille perd du terrain en Amérique du Nord à cause, en partie de la popularité des livres audio et de l’arrivée de la technologie vocale, indiquent des experts.

Une ancienne présidente de Littératie Braille Canada (LCC), Jen Goulden, souligne que d’autres facteurs ont influencé l’utilisation du braille au pays.

Au début du XXe siècle, raconte-t-elle, les enfants malvoyants étaient scolarisés dans des pensionnats pour aveugles parce que les ressources étaient regroupées au même endroit. Aujourd’hui, le recul de l’enseignement du braille est une «conséquence inattendue» de placer enfants malvoyants et voyants dans des mêmes classes.

L’utilisation de gros caractères pour les élèves malvoyants a aussi contribué à ce recul, plaide Mme Goulden. Quand leur vision diminue, ils ne disposent plus de l’audio, car ils n’ont pas appris le braille.

Le braille et la lecture à l’aide de gros caractères n’étaient pas enseignés en même temps parce que l’audio est moins cher et plus facile à fournir, souligne Mme Goulden.

Elle signale que le nombre d’enseignants de braille a diminué, déplorant que les enfants aveugles soient désavantagés par rapport aux enfants voyants.

«Je ne comprends vraiment pas pourquoi il est acceptable de traiter comme cela des enfants aveugles. On ne penserait jamais à faire cela à des enfants voyants», dit-elle.

Les données sur l’utilisation du braille ne sont pas disponibles auprès des organisations canadiennes.

Selon Christopher S. Danielsen, de la National Federation of the Blind, une organisation américaine établie à Baltimore, environ 58 pour cent des élèves aveugles utilisaient en priorité le braille pour lire aux États-Unis au début des années 1960. Aujourd’hui, ce pourcentage ne serait que de 10 pour cent.

Toutefois, il ne craint pas la disparition du braille.

«La plupart des malvoyants peuvent voir. La plupart d’entre nous ne sont pas totalement aveugles, mais le braille est plus efficace pour lire que des sources imprimées», fait-il valoir.

M. Danielsen dit qu’on ne peut s’alphabétiser seulement en écoutant de l’audio.

«Nous voyons régulièrement des aveugles très intelligents, très instruits, mais qui ne maîtrisent pas le braille, car ils ont cessé de le lire à un moment donné. Ils ont surtout appris en écoutant, avance-t-il. Ce sont des gens qui détiendront des diplômes de troisième siècle, mais qui auront une orthographe et une ponctuation très médiocres parce qu’ils ne lisent pas. Ils ne lisent pas vraiment. Ils possèdent peut-être un bon vocabulaire, mais ils ne peuvent traduire cette capacité en écriture.»

La présidente de la Canadian Federation of the Blind, Mary Ellen Gabias, témoigne que les technologies vocales ont des limites.

«Si on utilise déjà Siri pour dicter un message vocal ou un message texte à quelqu’un, on sait que l’on peut se retrouver parfois dans de drôles de situations», rappelle-t-elle.

Apprendre le braille permet d’aider la compréhension.

«Si j’écoute un livre audio pour le plaisir, je vais souvent doubler la vitesse de lecture. On peut y parvenir sans que le lecteur parle comme Donald Duck grâce à la compression vocale. Toutefois, si je veux vraiment apprendre et étudier quelque chose, je veux utiliser le braille», soutient-elle.

La responsable des programmes en braille à la National Federation of the Blind, dit que l’accès au braille est plus grand en raison des outils électroniques.

«Nous avons des plages braille qui peuvent être connectées par câble ou par Bluetooth. Ils affichent ce qui se trouve sur l’écran du téléphone ou d’un ordinateur.»

Hina Alam, La Presse canadienne