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L’ENFFADA réclame un statut officiel pour toutes les langues autochtones

L’ENFFADA réclame un statut officiel pour toutes les langues autochtones
Photo: La Presse canadienne/Adrian WyldLe premier ministre Justin Trudeau (à gauche) tient une copie du rapport en compagnie de l'équipe de commissaires.

OTTAWA — L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a accouché de 231 recommandations, demandes qu’on a baptisées «appels à la justice».

Un de ces appels: que les langues autochtones soient reconnues comme des langues officielles.

«Nous demandons à tous les gouvernements de reconnaître les langues autochtones comme langues officielles, et de veiller à ce qu’elles bénéficient du même statut et des mêmes protections que le français et l’anglais», peut-on lire dans le rapport.

Il est ainsi demandé aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux de légiférer pour que «les langues autochtones soient reconnues comme langues officielles dans leur territoire respectif» et ce statut s’accompagnerait du financement nécessaire pour «rétablir et revitaliser les cultures et les langues autochtones».

À la longue cérémonie qui a accompagné le dépôt du rapport, le premier ministre Justin Trudeau a promis que cette enquête et ses recommandations auront des lendemains.

«Je vous donne ma parole que mon gouvernement va donner suite aux appels à la justice énoncés dans le rapport de l’enquête», a-t-il promis sur un ton solennel.

Mais ses ministres ont vite fait d’admettre qu’on est loin de répondre à cet appel-ci.

«On va regarder l’ensemble des recommandations, incluant celle-ci», a assuré le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, intercepté à sa sortie des Communes, lundi après-midi.

«Ce qu’on fait actuellement (…) est déjà énorme», a-t-il ajouté, en guise de bémol, faisant référence à un projet de loi qu’il a déposé et qui en est à l’étape de l’étude en comité sénatorial.

Il a tenu à rappeler que lorsqu’il s’agit de langue officielle, il faut «une masse critique» et «la capacité de livrer la langue». «C’est une discussion pour beaucoup plus tard», a-t-il conclu.

Le projet de loi du ministre, C-91, se contente de créer un Bureau du commissaire aux langues autochtones qui a pour mandat de «soutenir les peuples autochtones dans leurs efforts visant à se réapproprier les langues autochtones et à les revitaliser, les maintenir et les renforcer».

On est loin du statut de langue officielle pour les quelque 70 langues autochtones — environ 90 en comptant les dialectes.

Invités à dire si cette demande de l’enquête de l’ENFFADA était réaliste ou pas, M. Rodriguez et sa collègue ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, ont préféré contourner la question et parler plutôt de C-91.

«Ce qu’on vient de faire avec cette loi-là, c’est de reconnaître que les langues autochtones (…) font partie directement des droits constitutionnels que les Autochtones ont au pays», a tenu à souligne la ministre Joly.

«Et en ce sens-là, c’est la plus grande force qu’on peut leur donner», a-t-elle dit.

Lina Dib, La Presse canadienne