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Propos discordants à Québec sur les nouvelles exigences chinoises sur le porc

Propos discordants à Québec sur les nouvelles exigences chinoises sur le porc
Photo: AP Photo/Mark Schiefelbein

QUÉBEC — Le gouvernement Legault se dit à la fois préoccupé, confiant et impuissant dans le dossier des nouvelles exigences chinoises sur le porc.

Mercredi, plusieurs voix discordantes se sont fait entendre sur l’intention de la Chine de scruter à la loupe chaque importation de porc canadien.

De l’avis du premier ministre François Legault, il n’est «pas acceptable» que la Chine augmente ses inspections de cargaisons de viande de porc provenant du Canada.

La Chine procéderait ainsi en raison de «cas récents de non-conformité de cargaisons de porc» et des risques de contrebande et d’infestation de peste porcine africaine.

«Ce n’est pas acceptable, il faut voir s’il y a un lien avec d’autres dossiers», a déclaré M. Legault sans évoquer explicitement l’arrestation, en décembre, de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou.

Selon lui, le gouvernement canadien doit être «ferme» dans ses négociations avec la Chine. Presque la moitié de la production porcine canadienne provient du Québec.

Les producteurs de porc québécois exportent pour plus de 150 millions $ en Chine, sur des ventes totales de 1,5 milliard $ à l’étranger. On envoie principalement des os, des pattes et des têtes en Chine, mais aussi de plus en plus de parties plus nobles, comme les filets, les fesses et les longes.

Aucun cas de peste porcine africaine n’a été détecté dans les cheptels canadiens, a assuré le président des Éleveurs de porc du Québec, David Duval, en entrevue avec La Presse canadienne. «C’est sûr que pour nous, c’est une étape de plus dans les tensions politiques diplomatiques qu’il y a entre la Chine et le Canada», a-t-il déploré. 

Girault «confiante», Lamontagne «impuissant» 

Plus tôt, les ministres caquistes de l’Agriculture et des Relations internationales, André Lamontagne et Nadine Girault, ont tenu des propos discordants sur cette affaire.

«Moi ce dont je me suis assurée avec le consul de Chine, c’est qu’on ne paie pas pour ça, ok? Ça se passe au niveau du Canada. On n’a pas d’affaires au Québec à payer pour ce qui se passe», a déclaré Mme Girault en mêlée de presse à l’Assemblée nationale.

«Il a très bien compris ce que j’avais comme priorité, il m’a assuré qu’il ferait le nécessaire», a-t-elle ajouté.

Quel intérêt pour la Chine de préserver sa relation avec le Québec? «Leur économie est plus grosse que la nôtre, mais en même temps, on a quatre bureaux en Chine, ce n’est pas pour rien, a-t-elle dit. Ils nous considèrent aussi comme un partenaire important et ça, ça a été très clair quand j’ai rencontré le consul de la Chine.»  

Si Mme Girault s’est dite «confiante» mercredi, le ministre Lamontagne, lui, a paru baisser les bras.

«Le Québec est impuissant dans un contexte où la Chine opte pour des mesures qui viennent nous affecter», a-t-il lâché.

Les nouvelles exigences chinoises pourraient avoir «un impact pour le Québec», a-t-il convenu. «Au moment où on se parle, on n’en est pas là.»

S’il dit partager l’inquiétude des producteurs, le ministre Lamontagne n’a pas pu dire si Québec a un plan d’urgence pour leur venir en aide en cas de détérioration de la relation commerciale entre le Canada et la Chine.

Pour sa part, la ministre canadienne de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a indiqué mercredi avoir formé un comité de travail avec les ministres concernés. «On est tous inquiets, a-t-elle dit. On travaille ensemble pour trouver les meilleures solutions.»

Caroline Plante, La Presse canadienne