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Réforme du mode de scrutin: les députés caquistes sont partagés

Réforme du mode de scrutin: les députés caquistes sont partagés
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienneLe premier ministre Francois Legault

QUÉBEC — Les élus caquistes sont partagés sur la réforme du mode de scrutin, pourtant un engagement du gouvernement Legault.

Certains s’inquiètent de la taille des futures circonscriptions ou réclament un référendum pour que la population puisse trancher. Le premier ministre François Legault envisage aussi une consultation populaire, alors qu’il l’écartait il y a quelques semaines. Le Parti québécois est favorable à un référendum, mais Québec solidaire est contre.

Rappelons que ces trois partis, Coalition avenir Québec (CAQ), PQ et QS, se sont engagés dans une entente commune il y a un an à remplacer le mode de scrutin uninominal à un tour par un mode proportionnel mixte: des députés seraient donc élus pour représenter un nombre plus réduit de circonscriptions, alors que d’autres seraient élus en proportion de l’appui que les différents partis politiques reçoivent, suivant des listes régionales. Le Parti libéral (PLQ) est contre une réforme.

Mercredi matin, avant d’entrer à la réunion de leur groupe parlementaire, des députés caquistes ont carrément refusé de s’exprimer ou ont été très évasifs.

En mêlée de presse, la députée de Roberval, Nancy Guillemette, a affirmé ne pas avoir entendu ses autres collègues manifester leur inquiétude de perdre leur circonscription, mais d’autres craintes ont été soulevées, quant à la taille des circonscriptions fusionnées.

«Quand on a des grandes circonscriptions, c’est sûr que le service à la population peut être amoindri. Mais en ayant deux députés, un de circonscription et un autre issu de la liste, probablement que ça compensera. On verra dans le processus.»

Elle estime que c’est un «gros enjeu» et elle souhaite que la population se prononce par référendum.

D’autres parlementaires caquistes au contraire n’ont pas constaté de craintes ou de réticences. «Il y a tout, sauf de la peur, a affirmé le député de Montmorency, Jean-François Simard. Non, pas d’inquiétude.»

Le député d’Ungava, Denis Lamothe, a nié qu’il y avait des réticences au caucus, mais «il y a de bonnes discussions (…) qui font en sorte qu’on évolue».

Sa collègue, la députée de Laviolette-Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, a laissé entendre que cet engagement électoral caquiste ne suscitait aucun intérêt dans sa circonscription.

«Ce n’est pas notre sujet prioritaire, donc sur le terrain, on n’en entend pas parler pour l’instant. Ce n’est pas une priorité pour les gens de la Mauricie», a-t-elle dit, refusant de commenter davantage.

Référendum

Le premier ministre François Legault avait écarté il y a quelques semaines l’éventualité d’un référendum sur la réforme du mode de scrutin. Toutefois, mercredi, en mêlée de presse, il a rouvert la porte à discuter des «modalités».

«Je peux comprendre que des personnes demandent un référendum», a-t-il fait valoir, en ajoutant qu’il est «à l’écoute de ce que disent les députés et les autres partis».

Toutefois, Québec solidaire (QS) est catégorique: pas question de consulter la population par référendum pour changer le mode de scrutin. La co-porte-parole de QS, Manon Massé, fait valoir qu’on en parle depuis 20 ans et que trois partis sur quatre au Parlement ont pris l’engagement de réformer le système électoral.

«Les 94 députés (issus des trois partis qui ont pris l’engagement, sur 125), c’est un mandat clair», a-t-elle dit, en ajoutant que la réforme du mode de scrutin a été un «thème fondamental» de la dernière campagne électorale.

Le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, a dit être étonné des divisions rapportées au caucus du gouvernement, qui s’est pourtant engagé à livrer la réforme. Il souhaite que M. Legault assure que le prochain scrutin, en 2022, aura lieu selon le nouveau système.

Le PQ n’est pas contre un référendum, mais n’a pas fixé sa position. «S’il le faut, on va y aller. (…) Il y a de l’ouverture, on est en train d’échanger là-dessus.»

Le projet de loi sur la réforme du mode de scrutin doit être déposé avant le 1er octobre de cette année.

Patrice Bergeron, La Presse canadienne