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Provoquer des crises d’épilepsie pour les faire disparaître

Provoquer des crises d’épilepsie pour les faire disparaître
Photo: IStock Photos

MONTRÉAL — La provocation de crises d’épilepsie avant une intervention chirurgicale est un moyen pratique et efficace de localiser la zone épileptogène, démontre une nouvelle étude réalisée par des chercheurs montréalais et européens.

Ces crises sont provoquées par les électrodes qui auront été implantées dans le cerveau du patient pour mesurer les crises au moment où elles se produisent.

«La nouvelle étude propose d’utiliser ces électrodes non seulement pour l’enregistrement, mais aussi pour la stimulation, c’est-à-dire pour essayer de causer des crises (…) par une stimulation électrique», a expliqué Jean Gotman, un neuroscientifique spécialisé dans la recherche sur l’épilepsie qui a participé à cette recherche.

La chirurgie est le seul moyen d’éliminer les crises chez 30 pour cent des patients atteints d’épilepsie partielle pharmacorésistante.

Il est fréquent pour les patients en attente de chirurgie de devoir rester en observation à l’hôpital pendant une ou deux semaines pour que leurs crises puissent être répertoriées. Ce séjour à l’hôpital peut être extrêmement pénible pour les patients et coûteux pour le système de santé.

La nouvelle étude à laquelle ont participé des chercheurs du Neuro (l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal) s’est penchée sur les données recueillies chez 103 patients épileptiques de Montréal et de Grenoble, en France. L’équipe dirigée par la docteure Birgit Frauscher s’est servie de méthodes statistiques pour établir des corrélations entre la présence de crises provoquées, la zone où elles se sont produites et l’issue de l’intervention pour les patients.

Les chirurgies ne fonctionnent pas dans 100 pour cent des cas, a dit M. Gotman, et leur taux de réussite oscillera entre 40 et 80 pour cent. De plus, il n’y a rien d’anodin à procéder à l’ablation d’une petite portion du cerveau, même s’il s’agit d’une portion qui fonctionne mal et qui dérange le fonctionnement normal du cerveau.

«En général il y aura des séquelles, mais qui sont le plus souvent minimes et qui sont certainement plus intéressantes pour le malade que d’avoir les crises d’épilepsie», a-t-il rappelé.

Il est toutefois «très complexe» de cerner la région dite «épileptogène» qui génère les crises d’épilepsie, poursuit M. Gotman.

Le légendaire neurochirurgien montréalais Wilder Penfield avait déjà démontré qu’on peut provoquer artificiellement une crise d’épilepsie en stimulant directement le cerveau. La nouvelle étude a cherché à mesurer la valeur diagnostique de ces crises, «c’est-à-dire une valeur qui nous aide dans la localisation du foyer épileptique», a ajouté le chercheur.

Les chercheurs ont constaté que les patients chez qui des crises ont été déclenchées avaient obtenu de meilleurs résultats que les patients pour qui cette avenue s’était révélée impossible. En outre, ils ont noté une forte similarité entre les zones où s’étaient produites les crises, qu’elles aient été provoquées ou qu’elles soient survenues spontanément.

Ces observations portent à croire que la provocation de crises permet de localiser les zones épileptogènes aussi efficacement que la survenue spontanée.

Il se produira que certaines crises provoquées ne ressembleront en rien aux crises habituelles du patient. Mais «si on arrive à déclencher par stimulation une crise qui ressemble en tout à la crise du malade, c’est-à-dire d’un point de vue clinique, d’un point de vue des manifestations (…), si la crise recrée aussi un même ‘pattern’ d’activité électrique dans l’électroencéphalogramme, on a démontré que ces crises-là obtenues par une stimulation électrique ont une valeur tout aussi fiable que les crises spontanées», a dit M. Gotman.

Dans un sens comme dans l’autre, que la crise provoquée ressemble ou non aux crises habituelles, cela donnera aux médecins des indices précieux quant à savoir s’ils ont cerné ou non la région épileptogène.

«On recherche toujours à augmenter le niveau d’assurance qu’on peut avoir avant que la chirurgie soit faite, a précisé M. Gotman. La méthode proposée dans cette publication nous permet justement d’augmenter la certitude. (…) Si la stimulation résulte en une crise habituelle, d’une part on peut gagner du temps en réduisant l’hospitalisation, et d’autre part on gagne en confiance en se disant qu’on est probablement dans la bonne place.»

Les résultats de l’étude ont été publiés dans le numéro du 10 juin 2019 du Journal of the American Medical Association.

Jean-Benoit Legault, La Presse canadienne