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De hauts niveaux d’un pesticide interdit détecté dans des lacs du Nouveau-Brunswick

De hauts niveaux d’un pesticide interdit détecté dans des lacs du Nouveau-Brunswick
Photo: La Presse canadien/HO-Dr.Josh KurekLe scientifique Josh Kurek tient en main un extrait de sédiment du lac Sinclair, au Nouveau-Brunswick.

Plusieurs lacs isolés du Nouveau-Brunswick présentent encore de hauts niveaux d’un pesticide interdit au pays il y a 46 ans — et cette découverte a des conséquences importantes aujourd’hui, a déclaré le scientifique à l’origine d’une étude sur le DDT publiée mercredi.

«Ça sert certainement de mise en garde», a déclaré Joshua Kurek de l’Université Mount Allison à Sackville, au Nouveau-Brunswick.

«À l’époque, nous avons utilisé ces produits chimiques synthétiques en pensant qu’ils auraient des avantages considérables. Et regardez, 50 ans plus tard, nous sommes toujours aux prises avec les retombées.»

Le Nouveau-Brunswick, fortement dépendant de l’industrie forestière, était l’un des plus gros utilisateurs de DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) en Amérique du Nord. Entre 1952 et 1968, au moins 5,7 millions de kilogrammes de DDT ont été utilisés dans les forêts de la province pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

Le Canada a interdit le DDT en 1972. M. Kurek s’est demandé ce qu’il était advenu de tout ce poison.

Avec ses collègues, il a examiné les sédiments de cinq lacs du nord éloignés des communautés et de toute autre source de contamination. Il a trouvé, comme prévu, de fortes concentrations de DDT dans les sédiments datant de l’époque de son utilisation.

En moyenne, les sédiments exposés à l’eau et aux organismes vivant au fond du lac avaient encore des niveaux de DDT 16 fois plus élevés que ceux où le produit chimique commence à affecter la vie aquatique. M. Kurek soupçonne que du DDT continue d’être entraîné dans l’eau depuis le sol de la forêt.

De plus, les sédiments ont également révélé quelque chose d’étonnant à propos des minuscules animaux qui constituent la base du réseau alimentaire du lac.

La population d’une espèce de zooplancton a diminué de manière importante lorsque les niveaux de DDT ont augmenté. Une autre espèce a vu sa population fortement augmenter — une espèce que des recherches précédentes ont permis d’identifier comme étant un bon indicateur du stress subi par un écosystème.

«Lorsque les conditions dans un lac deviennent plus stressantes, (cette espèce est) souvent capable de résister à ces conditions plus longtemps», a expliqué M. Kurek.

Les résultats ne se limitent pas aux cinq lacs du Nouveau-Brunswick, car la province n’était pas le seul endroit à utiliser le DDT.

«Il existe des centaines et des centaines d’autres lacs, probablement, dans l’est de l’Amérique du Nord où nous pourrions potentiellement avoir de très fortes concentrations de DDT encore présentes dans la colonne d’eau, toujours présentes dans les organismes», a déclaré M. Kurek.

John Smol de l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, l’un des spécialistes de l’eau les plus renommés au Canada, estime que les travaux de M. Kurek doivent être étudiés de près.

«Cet héritage, 50 ans plus tard, dans l’écosystème aquatique a d’importantes répercussions sur l’écologie des lacs. La nature tarde à pardonner nos erreurs et nous sommes trop optimistes.»

Les niveaux de DDT sont généralement en baisse. Mais M. Smol a noté que le composé chimique apparaît à long terme dans des endroits inattendus et crée des effets tout aussi inattendus.

Il est transporté par les oiseaux vers les colonies de nidification, où il se concentre dans le sol à cause des fientes. Il est peut-être à l’origine de la prolifération d’algues toxiques, car il élimine de minuscules herbivores.

«Les gouvernements pensent sur quatre ans», a affirmé M. Smol. «Les PDG, au mieux, semblent penser par cycles de 90 jours.»

«Les écosystèmes ne respectent pas un calendrier politique ou industriel. Les choses se passent sur des cycles beaucoup plus longs.»

L’étude n’a pas recherché d’impact sur les poissons ou les oiseaux. M. Kurek a indiqué que c’était la prochaine étape.

Le chercheur a ajouté que les pesticides appliqués il y a près de cinq décennies et toujours actifs dans l’environnement sont une raison de réfléchir aux pratiques actuelles.

«Vous pouvez remplacer les DDT par la pollution plastique, par les gaz à effet de serre, par l’utilisation de sel sur nos routes: tout contaminant que vous introduisez dans notre environnement dans une vaste région aura des effets considérables, voire parfois surprenants.»

Bob Weber, La Presse canadienne