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Maternelles 4 ans: le plan de match du gouvernement reste un secret bien gardé

Maternelles 4 ans: le plan de match du gouvernement reste un secret bien gardé
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienneLe ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Jean-Francois Roberge

QUÉBEC — Le plan de match détaillé du gouvernement Legault dans le dossier des maternelles 4 ans demeure un secret bien gardé.

Si on se fie aux réponses obtenues par La Presse canadienne, à la suite de demandes écrites formulées en vertu de la loi d’accès à l’information, le ministère de l’Éducation tient à rester bien discret sur sa démarche visant à implanter un réseau universel de maternelles 4 ans sur tout le territoire du Québec d’ici cinq ans.

De l’ensemble des informations transmises au cours des derniers jours, on trouve des documents largement caviardés, de la correspondance sans intérêt public et des documents déjà rendus publics.

Surtout, le ministère a refusé de transmettre plusieurs informations requises, invoquant divers motifs.

Dans certains cas, le ministère dirigé par Jean-François Roberge s’est opposé parce qu’il s’agissait de «documents du cabinet du ministre», dans d’autres cas, parce qu’ils étaient «produits pour son compte».

Ou encore, des documents ne pouvaient être acheminés supposément parce qu’il s’agissait «d’analyses, de recommandations et d’avis effectués dans le cadre d’un processus décisionnel en cours», écrit la responsable de l’accès aux documents du ministère dans sa réponse.

Ces réponses ont été fournies deux mois après l’envoi des demandes, donc bien après la limite légale fixée à 30 jours maximum.

Questionné au sujet du délai déraisonnable, la semaine dernière, le ministre Jean-François Roberge avait déclaré qu’il n’avait «rien à cacher» et que les réponses seraient fournies rapidement.

La demande d’accès visait à mieux comprendre la position gouvernementale dans ce dossier d’actualité.

L’idée consistait à consulter tout document – études, avis d’experts, analyses, rapports, sondages internes, etc. – pouvant justifier la position du gouvernement sur, notamment, la pertinence de doter le Québec d’un tel réseau, l’évaluation des coûts d’implantation, la planification du déploiement, l’arrimage prévu avec le réseau des Centres de la petite enfance (CPE), l’intérêt des parents pour un tel service, la faisabilité du projet et l’évaluation de la disponibilité du personnel requis (enseignants et professionnels).

La création, d’ici cinq ans, d’un réseau universel de prématernelles quatre ans figurait parmi les principaux engagements de la Coalition avenir Québec (CAQ) durant la dernière campagne électorale, en vue de mieux détecter les troubles d’apprentissage chez l’enfant.

Depuis l’élection de la CAQ en octobre, les partis d’opposition remettent en question ce choix, jugeant que le projet est mal ficelé, coûteux, et susceptible de nuire au développement des CPE.

Le coût estimé, par les caquistes, de chaque nouvelle classe de maternelle 4 ans est passé de 122 400 $, en campagne électorale, à 800 000 $, soit six fois plus, une fois au pouvoir.

En campagne électorale, la CAQ prévoyait que 90 pour cent des enfants de 4 ans fréquenteraient les nouvelles prématernelles, un scénario révisé à la baisse depuis, alors qu’on vise désormais 50 pour cent.

Pressé, le gouvernement va de l’avant, même si la loi devant encadrer le déploiement du réseau n’est toujours pas adoptée. Le ministre Roberge a déposé son projet de loi 5 en février, et l’étude détaillée devrait se faire seulement à l’automne.

D’ici là, le ministre Roberge promet que les bambins de 4 ans pourront fréquenter l’une des 250 nouvelles classes promises pour la rentrée de cet automne. On ne sait toujours pas combien d’enfants y seront inscrits.

On compte actuellement 394 classes de maternelles 4 ans en milieu défavorisé. Avec l’ajout des 250 classes annoncées, pour tous les milieux, on devrait en compter 644, au total, avant la fin de l’année. Le premier ministre François Legault en veut 5000 d’ici la fin de son premier mandat.

Ce sont les commissions scolaires – des organisations que le gouvernement s’est engagé à abolir – qui seront chargées d’offrir le nouveau service préscolaire.  

La consultation menée au printemps autour du projet de loi a permis de cerner certains enjeux qui risquent de compliquer les choses, dont la difficulté de recruter des enseignants et des professionnels (orthophonistes, psychoéducateurs, etc.) et le manque d’offre de locaux, notamment.

Dans le dernier budget, on a réservé 436 millions $ pour déployer 3400 classes d’ici cinq ans, ce qui exclut cependant la construction de locaux.

En parallèle, pour s’assurer que les classes ne seront pas vides, le ministère mènera d’ici le mois d’août une campagne de promotion des maternelles 4 ans auprès des parents de jeunes enfants, tant dans les médias traditionnels que sur des plateformes web comme Facebook et Google. Le coût : 70 000 $.

Jocelyne Richer, La Presse canadienne