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Pénurie de main-d’oeuvre: Legault doit présenter des excuses

Pénurie de main-d’oeuvre: Legault doit présenter des excuses
Photo: La Presse canadienneLe premier ministre François Legault

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault s’est encore mis dans le pétrin concernant la pénurie de main-d’oeuvre et il doit présenter des excuses.

Les restaurateurs, petits commerçants et entreprises en tourisme ont besoin de lui pour résoudre le manque d’effectifs, mais il les abandonne, dénonce l’opposition officielle. 

Le Parti libéral réagissait ainsi mardi aux déclarations du premier ministre sur les ondes de la station montréalaise 98,5.

À une question de l’animateur Paul Arcand suggérant que le gouvernement n’allait pas aider les restaurateurs et les hôteliers, M. Legault a laissé entendre qu’«effectivement, les restaurants, commerces de détail et entreprises en tourisme» qui paient des salaires horaires de 15 $ – 20 $ «auront de plus en plus de difficulté à trouver de la main-d’oeuvre».

Les chercheurs d’emplois iront naturellement vers des emplois plus payants, à des taux horaires de 25 $ ou 30 $, a-t-il poursuivi.

Le porte-parole libéral en matière de petites et moyennes entreprises (PME), Monsef Derraji, réclame que le premier ministre présente des excuses à ces entrepreneurs qui n’obtiendront aucun soutien de l’État pour recruter de la main-d’oeuvre à l’étranger, en cette saison cruciale pour leurs revenus. 

«Manque de jugement»

«C’est un manque de jugement terrible» doublé d’une méconnaissance du tissu économique des régions du Québec, a-t-il déclaré, dans un entretien avec La Presse canadienne.

«Ce n’est pas un premier ministre, pour moi. Il doit voir au-delà des chiffres d’un comptable. Le message de M. Legault, il est clair: « le tourisme, je m’en fous, le commerce de détail, je m’en fous, la restauration je m’en fous ».»

La majorité des PME du Québec ne peuvent se permettre des emplois à des taux horaires de 25 $ – 30 $, a plaidé M. Derraji, en ajoutant que dans l’ensemble des régions l’économie est fondée sur le tourisme, le commerce de détail et la restauration.

«M. Legault doit offrir ses excuses aux patrons d’entreprises de tourisme, de commerces de détail et de restauration. Ce n’est pas bon qu’un premier ministre se comporte de cette façon.» 

Les besoins sont énormes, a-t-il insisté en citant la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante: on cherche des pâtissiers, plombiers, réceptionnistes, femmes de ménage, etc.

L’organisme Manufacturiers et exportateurs du Québec abondait dans le même sens récemment. Sa présidente, Véronique Proulx, affirmait à Radio-Canada que les deux tiers des postes vacants dans son secteur requièrent un secondaire 5 ou moins.

Rappelons que selon des données récentes, au premier trimestre de 2019, 120 000 emplois étaient à combler au Québec, le pire bilan au Canada.

QS

Québec solidaire a également réagi à la déclaration de François Legault. Selon le parti de gauche, cette pénurie de main-d’oeuvre vient démontrer qu’il est temps d’améliorer les conditions de travail.

«Une pénurie de main-d’oeuvre, ça vient montrer les secteurs où les gens étaient sous-payés avant, et c’est le temps de s’ajuster», a déclaré le député QS de Jean-Lesage, Sol Zanetti.

Il faudrait augmenter le salaire horaire minimum à 15 $ «au moins» pour «montrer qu’on a compris quelque chose».

Ce n’est pas la première déclaration controversée du premier ministre concernant la main-d’oeuvre. Récemment, il avait dû présenter des excuses à des travailleurs d’une usine de Montréal après avoir dit que cela pouvait être une bonne chose de délocaliser leurs emplois dans un autre pays.

En outre, il a maintes fois répété que les employés en lockout de l’aluminerie ABI de Bécancour en demandaient trop à leur employeur.

Patrice Bergeron, La Presse canadienne