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Le MRN annule six projets de minicentrales

Alexandre Robillard - La Presse Canadienne

QUÉBEC – La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a choqué les régions et réjoui les écologistes, mardi, lorsqu’elle a annoncé l’annulation de six projets de minicentrales hydro-électriques.

Mme Ouellet a affirmé que cette décision était motivée par des questions économiques, puisque le maintien des projets aurait forcé Hydro-Québec à acheter de l’électricité qu’elle aurait vendu à perte.

«Dans un contexte où nous sommes en surplus d’électricité encore pour plusieurs années, les prévisions sont jusqu’en 2027, on pensait qu’il était plutôt judicieux de ne pas aller de l’avant avec ces petites centrales», a-t-elle dit lors d’un point de presse.

La ministre évalue que l’annulation du programme signifiera une économie de 24 millions $ par année, une somme calculée sur la base du prix de revente en exportation à 0,04 $ du KWh. La Fédération québécoise des municipalités (FQM) a affirmé que le coût de production des minicentrales, qui impliquait aussi des partenaires autochtones, était de 7,5 cents du KWh.

Hydro-Québec paie environ 500 millions $ chaque année pour acheter de l’électricité dont elle n’a pas besoin.

Dans la région de Québec, la fin du programme signifie l’arrêt du projet de la chute Sainte-Anne, à Saint-Joachim, et de la Centrale Saint-Gabriel, à Shannon.

Sur la Côte-Nord, les projets de la Chute du Six Mille et de la Chute du Quatre Mille, sur la rivière Sault-aux-Cochons, près de Forestville et Pessamit, sont touchés.

Les minicentrales projetées à la Onzième chute sur la rivière Mistassini, au Lac-Saint-Jean, ainsi que le Barrage B Manouane Sipi, en Mauricie, sont annulés.

Le projet de minicentrale à Val-Jalbert, au Lac-Saint-Jean, lancé l’automne dernier par le gouvernement, sera maintenu.

Mme Ouellet a affirmé que ce projet, amorcé en 2008 sous l’ancien gouvernement, était trop avancé pour être interrompu.

«On ne peut pas arriver, quand on arrive au pouvoir, d’un coup de baguette magique et tout régler, a-t-elle dit. Donc on a géré la transition au mieux, le projet de Val-Jalbert avait déjà reçu toutes les approbations qui étaient nécessaires, même un rapport favorable du Bureau d’audiences publiques en environnement.»

La FQM a jugé que le gouvernement «jette de la poudre aux yeux» en invoquant l’argument économique pour mettre fin aux projets.

«On lit dans cette décision incongrue une insensibilité envers le développement régional, mais c’est comme si le gouvernement avait décidé d’entendre davantage les activistes qui ont fait des pieds et des mains pour que cette filière ne se développe pas», a dit le président de la FQM, Bernard Généreux.

M. Généreux, candidat péquiste défait aux dernières élections, a souligné la contradiction du gouvernement, alors que la première ministre Pauline Marois affirmait récemment que les surplus d’électricité permettraient d’attirer des entreprises étrangères.

«Il n’y eu aucune espèce de discussion avec nous là-dessus, a-t-il dit. (…) On est en train de faire une psychose nationale avec les surplus énergétiques et on entend du même souffle Mme Marois dire que c’est un avantage concurrentiel pour attirer de l’industrie que d’être en surplus énergétique et en même temps on nous sert la leçon à l’inverse.»

Le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, a salué la décision du gouvernement, bien qu’il aurait souhaité la suspension du projet de Val-Jalbert également.

«C’est une très bonne nouvelle parce que c’était un programme qui était inutile et coûteux et qui avait des impacts sur la biodiversité des écosystèmes, a-t-il dit. Ce n’est pas parce que c’est une minicentrale qu’il y a des mini-impacts.»

M. Simard estime que l’impact des surplus des six projets de minicentrales aurait été relativement peu élevé comparé à celui du projet de La Romaine, où quatre centrales hydro-électriques sont en construction, sur la Côte-Nord, d’une puissance totale de 1500 MW.

«C’est symbolique, c’était si peu de mégawatts, on parle d’un total de 150 MW pour l’ensemble des projets de minicentrales, a-t-il dit. Je pense qu’il faut arrêter quelque part et réfléchir à ça.»

Le chef libéral intérimaire Jean-Marc Fournier s’est dit outré par la décision du gouvernement. M. Fournier a affirmé que ces centrales étaient vues dans les régions comme des outils de développement économique.

«La vision à court terme, non expliquée, méprisante jusqu’à un certain point du gouvernement, qui n’est même pas capable de nous dire les tenants et aboutissants de cette décision», a-t-il dit.

Les municipalités et promoteurs impliqués dans ces projets, dont la production était limitée à moins de 50 MW, seront dédommagés pour les investissements qui ont été faits, a assuré Mme Ouellet, sans pouvoir préciser le coût exact.

«Je n’ai pas l’information pour chacun des promoteurs, donc je ne voudrais pas m’avancer sur un chiffre, a-t-elle dit. On parle probablement de quelques millions $.»

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