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Des Inuits poursuivent Ottawa pour des expériences médicales effectuées sur eux

Des Inuits poursuivent Ottawa pour des expériences médicales effectuées sur eux
Photo: IStock Photos

Cinq Inuits ont intenté une poursuite contre le gouvernement fédéral au sujet d’expériences médicales qui auraient été effectuées sur eux sans leur consentement.

Selon la requête déposée à Iqaluit, au Nunavut, les expériences ont été réalisées à Igloolik entre 1967 et 1973 et impliquaient trois universités canadiennes  qui participaient à un programme scientifique international.

«Ils faisaient des expériences étranges, a relaté le cinéaste inuit Zacharias Kunuk. Ils mettaient la peau d’autres gens sur nous.»

Parmi les plaignants, on retrouve également Paul Quassa, un dirigeant inuit de longue date et ancien premier ministre du Nunavut.

Le document de cour indique que des scientifiques avaient établi un laboratoire de recherche à Igloolik, où ils ont commencé à emmener des Inuits depuis leur école ou leur maison.

Des petits morceaux de peau auraient été enlevés et remplacés par la peau d’autres Inuits. Ils auraient été forcés de rester dehors, dans le froid, alors qu’ils étaient mal habillés et qu’un thermomètre avait été inséré dans leur rectum. Certains auraient été piqués avec des objets pointus pour mesurer leur réponse à la douleur.

La requête, qui n’a pas subi le test des tribunaux, allègue que les scientifiques n’avaient pas de formation médicale et que les conditions étaient insalubres.

Les Inuits n’auraient pas été informés du motif des procédures et n’auraient pas eu la possibilité de refuser. «Le consentement n’a été ni donné, ni demandé», est-il écrit dans la requête.

Plusieurs Inuits seraient touchés

L’avocat d’Edmonton, Steven Cooper, qui représente les Inuits, affirme qu’il connaît au moins 30 personnes qui ont été soumises aux expériences menées à Igloolik. La même chose se serait produite à Hall Beach, non loin de là.

«Je doute très fortement que cela se soit limité à Igloolik et à Hall Beach», a-t-il soutenu.

«C’est absolument hallucinant. Cela se passait dans le Canada moderne.»

Selon M. Cooper, ses recherches ont démontré que les expériences avaient été réalisées dans le cadre du Programme biologique international (International Biological Program), une initiative scientifique multinationale qui s’est déroulée entre 1964 et 1974.

Selon des archives de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, le programme comportait neuf domaines d’étude, notamment l’adaptabilité humaine et la physiologie environnementale.

La requête allègue que des chercheurs de l’Université McGill, de l’Université de l’Alberta, de l’Université du Manitoba ont été impliqués.

Dans un courriel, l’Université McGill n’a pas voulu commenter un dossier qui est devant les tribunaux. Les autres établissements universitaires n’avaient pas répondu à La Presse canadienne au moment d’écrire ces lignes.

La responsabilité du Canada

Le Canada est responsable, plaide la requête, car le gouvernement avait une obligation de diligence envers les Inuits et n’avait pas veillé à la protection de leurs droits.

«Le Canada a délibérément inculqué aux Nunavummiut la perception qu’ils devaient faire, sans aucun doute, comme le Canada leur avait dit», est-il écrit.

Kunuk, un jeune garçon à l’époque, ne se souvient pas comment il s’est retrouvé dans le laboratoire d’Igloolik.

«Je ne sais pas comment je suis arrivé là-bas, a-t-il confié. C’était l’hiver. Ils ont construit un laboratoire scientifique ici et les scientifiques venaient nous faire toutes sortes de choses. J’étais assez jeune, encore à l’école.»

Le garçonnet croyait qu’il s’agissait d’une pratique normale.

«Ils payaient cinq dollars pour avoir notre greffe de peau. Ils nous injectaient cette substance engourdissante et ils avaient un petit tube. Ils nous ont coupé la peau et nous ont coupé la chair avec des ciseaux», a-t-il raconté.

Kunuk était là avec deux autres enfants. Les scientifiques auraient prélevé deux échantillons de son bras et les auraient remplacés par la peau de ses compagnons — des personnes avec lesquelles il se sent toujours lié.

«Je ne suis pas le seul à avoir ces cicatrices. Chaque fois que je vois mes marques, cela me rappelle mon frère et ma soeur», a-t-il indiqué.

Bob Weber, La Presse canadienne