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Premières Nations: une fête du Canada au goût amer

Premières Nations: une fête du Canada au goût amer
Photo: La Presse canadienneLe chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde.

WINNIPEG — Lorsque Michèle Audette était enfant, la fête du Canada n’était pas une célébration.

Elle avait plutôt un goût amer.

Fille d’un père québécois et d’une mère innue, Mme Audette ne se retrouvait pas dans le programme scolaire.

Elle n’y voyait pas une reconnaissance des populations autochtones qui existaient depuis des milliers d’années dans bon nombre des endroits où elle avait vécu.

Mais elle se sentait également déchirée.

Quand les danseurs autochtones, métis et inuits montaient sur scène, elle ressentait de la fierté, même si ce sentiment ne durait pas.

«Ils étaient là pour rappeler au Canada que ces peuples étaient ici, qu’ils sont toujours ici aujourd’hui et montrent la résilience de nos nations. C’est magnifique», raconte-t-elle. «Mais (cette reconnaissance) doit être présente tous les jours. Elle doit se trouver dans les lois, les politiques et les programmes.»

Mme Audette a passé plus de deux ans à entendre les témoignages de femmes, de familles et d’experts, en tant que commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Le rapport final de l’enquête, publié au début du mois de juin, faisait état d’une série de violations délibérées et persistantes à l’encontre de femmes, de filles, de personnes bispirituelles et de personnes LGBTQ autochtones, qui, conclut-il, ne peut être qualifiée que de génocide.

Le rapport comprenait 231 recommandations, y compris des appels à tous les Canadiens pour qu’ils se familiarisent avec l’histoire autochtone et utilisent ces connaissances pour éliminer les obstacles auxquels les Premières Nations font face.

L’enquête de la commissaire en chef Marion Buller a révélé que de nombreux peuples autochtones ne célèbrent pas la fête du Canada, car elle représente un rappel de la colonisation. Et ils ne célébreront pas tant qu’ils ne verront pas un réel changement dans les politiques et les pratiques de tous les pallier de gouvernement, a-t-elle noté.

«Une chose que nous devons tous accepter, c’est que la colonisation a eu lieu et se poursuit», a déclaré Mme Buller, originaire de la Première nation de Mistawasis en Saskatchewan.

À l’arrivée des Européens, les Premières Nations ont aidé les colons à survivre. Mais avec le temps, le marché de la fourrure a diminué, de même que les menaces militaires, et les peuples autochtones sont devenus un obstacle.

Des réserves ont été installées sur des terres moins habitables pour faire place aux chemins de fer et aux colonies, ou pour permettre le transport de l’eau. Les cérémonies ont été interdites et un système de laissez-passer a été mis en place pour contrôler les mouvements. Des rations gouvernementales inadéquates ont laissé les communautés affamées et exposées au risque de maladie.

Les enfants ont été forcés d’aller dans des pensionnats où beaucoup ont été victimes d’agressions physiques, émotionnelles et sexuelles. Des milliers d’enfants sont morts.

La rafle des années 1960 lors de laquelle des enfants autochtones ont été adoptés par des familles non autochtones a suivi.

Les commissaires soulignent que de nombreux Canadiens n’ont pas appris cette histoire et ont été choqués d’apprendre que la colonisation se poursuivait.

Des familles qui ont témoigné lors de l’enquête ont parlé d’un traumatisme multigénérationnel. Elles ont informé les commissaires des politiques en cours visant à éloigner les femmes des rôles traditionnels, des stérilisations forcées, de l’arrestation d’enfants, des affrontements avec la police, de la pauvreté, de la violence et de l’insécurité en matière de logement.

«Ce pays est en guerre et les femmes, les filles et les membres des communautés 2ELGBTQQIA autochtones sont en état de siège», selon le rapport.

L’enquête a révélé que les violations des droits de la personne et des droits autochtones, l’homophobie, la transphobie et la marginalisation «font partie intégrante de la société canadienne», a déclaré le commissaire Brian Eyolfson de la Première nation de Couchiching en Ontario.

La fête du Canada est une bonne occasion pour l’éducation, a-t-il suggéré.

«Il est important d’inclure les peuples autochtones et leurs histoires, leurs contributions et leurs réalités actuelles dans les célébrations», a indiqué M. Eyolfson.

Kelly Geraldine Malone, La Presse canadienne