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04:10 15 juillet 2019 | mise à jour le: 18 juillet 2019 à 18:25

Sida, tuberculose et paludisme: le Canada reculerait sur le financement

Sida, tuberculose et paludisme: le Canada reculerait sur le financement
Photo: Darryl Dyck/Archives La Presse canadienne

OTTAWA — Des organisations internationales craignent que le gouvernement du Canada soit sur le point de rompre sa promesse de financement supplémentaire au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

En 2016, le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait annoncé en grande pompe qu’il rehausserait de 24 pour cent, à 804 millions $, la contribution du gouvernement du Canada à ce partenariat international, qui investit plus de 4 milliards $ US chaque année pour soutenir des programmes dirigés par des spécialistes locaux dans une centaine de pays. Le sida, la tuberculose et le paludisme sont largement considérés comme des maladies évitables si l’on y apporte l’aide médicale et financière appropriée.

Or, Ottawa serait sur le point d’annoncer qu’il consacrera finalement à ce Fonds mondial la même somme qu’en 2016 — et ce serait la première fois que le Canada ne hausse pas sa contribution triennale. La hausse de la contribution canadienne suivait jusqu’ici la tendance imprimée par les précédents gouvernements, aussi bien conservateurs que libéraux.

Chris Dendys, directrice de «Results Canada», un organisme de lutte contre la pauvreté, soutient que d’après les conversations qu’elle et d’autres responsables de son secteur ont eues avec des représentants du gouvernement fédéral, Ottawa ne prévoit pas d’augmentation en raison d’un «resserrement des liquidités» à l’approche des élections d’octobre.

Le Fonds mondial souhaite une augmentation de 15 pour cent du total des contributions cette année, qui atteindraient 14 milliards $ US. Une porte-parole de la ministre du Développement international, Maryam Monsef, a déclaré que le Canada respectait le Fonds mondial et annoncerait sa contribution «en temps opportun».

Le Canada a récemment annoncé lors de la conférence «Women Deliver», à Vancouver, qu’il verserait 1,4 milliard $ par année, jusqu’en 2030, pour financer la santé et la nutrition dans le monde, y compris les droits en matière de sexualité et de procréation, a indiqué Hanna Button, directrice des politiques auprès de la ministre Monsef. «Notre soutien continu au Fonds mondial constituera un élément important de cette approche globale», a déclaré Mme Button dans un courriel.

Une question de volonté politique 

«C’est vraiment une question de volonté politique — selon qu’il y a des élections ou pas», a estimé Mme Dendys. La directrice de «Results Canada» soutient que les dépenses globales du Canada en matière d’aide étrangère n’ont pas augmenté de manière significative sous les libéraux.

Le Canada est loin de l’objectif de 0,7 pour cent du revenu national brut (RNB) souhaité par les Nations unies. Selon Mme Dendys, la contribution du Canada n’a pas augmenté au-delà du seuil de 0,26 pour cent du RNB, alors qu’«il y a eu beaucoup d’occasions de faire ce qu’il fallait».

L’engagement canadien d’une hausse du quart de sa contribution avait été annoncé lors de la Conférence du Fonds mondial, dont le premier ministre Trudeau était l’hôte à Montréal en septembre 2016. C’est la France qui accueillera cette année la conférence triennale des donateurs, en octobre, au beau milieu de la campagne électorale au Canada. Les organisations internationales veulent donc qu’Ottawa prenne les devants et respecte son engagement avant le début de la campagne électorale, afin de faire preuve de leadership auprès des autres pays.

Le Royaume-Uni et le Japon, deux autres pays du G7, ont récemment annoncé une augmentation de leur contribution respective de 17 et 5 pour cent.

Stuart Hickox, qui dirige le bureau canadien de l’organisme «ONE», fondé par le musicien Bono, soutient que si le Canada ne bonifiait pas son aide, cela équivaudrait à une forme de recul de son engagement. Pour sa part, le médecin et chercheur canadien Julio Montaner, de Vancouver, dont les travaux ont contribué à ralentir les ravages du sida à la fin des années 1990, affirme que le Canada doit assumer un leadership dans le financement de l’éradication des maladies.

Mike Blanchfield, La Presse canadienne

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