National

Le ministre LeBlanc a pris un avion d’Irving, un geste approuvé par le commissaire à l’éthique

Le ministre LeBlanc a pris un avion d’Irving, un geste approuvé par le commissaire à l’éthique
Dominic LeBlanc, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne

OTTAWA — L’organisme Démocratie en surveillance estime que le commissaire à l’éthique n’aurait jamais dû approuver un vol effectué par le ministre libéral Dominic LeBlanc dans un avion privé appartenant à l’entreprise J.D. Irving.

Selon le cabinet de M. LeBlanc, le ministre, qui est en congé de maladie depuis avril pour un lymphome non hodgkinien, devait se rendre pour des traitements dans un hôpital montréalais.

Or, ses médecins l’auraient prévenu qu’il ne pouvait pas prendre un avion commercial, avec d’autres voyageurs, parce que son système immunitaire était déficient. Il a alors reçu l’approbation préalable du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique pour se rendre à Montréal, à partir de son domicile au Nouveau-Brunswick, dans un avion privé de l’entreprise JD Irving.

Ce conglomérat, dirigé par un ami personnel du député de Beauséjour, est propriétaire d’entreprises du secteur de la construction navale, du pétrole, de la foresterie et de l’agroalimentaire.

Duff Conacher, cofondateur de l’organisme Démocratie en surveillance, estime que le commissaire à l’éthique, Mario Dion, a commis une erreur en approuvant ce vol.

Dans un communiqué, le bureau du commissaire à l’éthique a affirmé que M. Dion avait «considéré les faits présentés à lui et avait approuvé la demande en vertu de l’article 12 de la (Loi sur les conflits d’intérêts) en matière de voyages».

Cet article de loi édicte que les ministres et les autres ne peuvent accepter de vols gratuits non commerciaux, sauf dans des circonstances exceptionnelles — généralement considérées comme des situations d’urgence dans des régions éloignées — ou avec l’approbation du commissaire. 

Il ne précise pas ce qui devrait amener le commissaire à approuver ou interdire un vol et le bureau de M. Dion n’a pas voulu en dire davantage.

M. Conacher soutient que le ministre LeBlanc aurait plutôt dû louer un avion privé et le payer de sa poche, plutôt que d’accepter un cadeau du propriétaire d’une entreprise qui fait régulièrement du lobbyisme auprès du gouvernement fédéral.

Il a mentionné quatre compagnies aériennes qui auraient pu être embauchées pour des vols privés dans l’est du Canada.

«En règle générale, vous ne pouvez accepter aucun cadeau qui puisse raisonnablement être perçu comme un don pour vous influencer. Et le cadeau d’un vol gratuit offert par une entreprise qui fait du lobbyisme auprès du gouvernement fédéral, tout le monde verrait cela comme un cadeau qui pourrait avoir de l’influence sur un ministre», a-t-il expliqué.

Pour soigner son lymphome, M. LeBlanc s’est retiré temporairement, en avril, de ses fonctions de ministre des Affaires intergouvernementales et du Nord et ministre du Commerce intérieur. C’est le ministre des Finances, Bill Morneau, qui assume les responsabilités liées aux Affaires intergouvernementales et au Commerce intérieur; la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, s’occupe des dossiers du Nord.

Theresa Wright, La Presse canadienne