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14:00 14 août 2019

Immigration: Legault reste sourd aux arguments pour une hausse des seuils

Immigration: Legault reste sourd aux arguments pour une hausse des seuils
Photo: Graham Hughes/La Presse canadienneFrancois Legault

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault reste sourd aux arguments de plusieurs groupes d’employeurs qui militent pour une hausse importante des seuils d’immigration.

Qui plus est, il a renvoyé la balle aux entreprises, mercredi, en leur disant qu’elles pouvaient contribuer à régler le problème du manque de personnel en rendant les postes vacants plus attrayants pour les Québécois.

Une consultation publique sur les seuils d’immigration proposés par le gouvernement caquiste pour la période 2020-2022 est en cours à l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a abaissé les niveaux d’immigration cette année, les faisant passer de 52 000 à 40 000 personnes le temps de «réparer» le système d’immigration.

Il compte les rehausser progressivement dès l’an prochain pour atteindre environ 52 000 personnes en 2022. La part de l’immigration économique passerait de 58 pour cent en 2017 à 65 pour cent en 2022.

M. Legault fait face à une pression énorme du Québec inc., qui souhaite que l’on augmente ces seuils à au moins 60 000 personnes par année, afin de combler la pénurie de main-d’oeuvre.

Le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et l’Association Restauration Québec ont notamment défilé devant les députés cette semaine. 

Mercredi, à son arrivée à la première réunion du conseil des ministres après la relâche estivale, M. Legault a encouragé les entreprises à améliorer leurs conditions de travail afin de rendre plusieurs postes plus attrayants pour les Québécois.

Le gouvernement, a-t-il assuré, est prêt à faire sa part. «On va aider ces entreprises-là à améliorer leur productivité, être capable d’avoir plus de valeur ajoutée dans leurs emplois et être capable d’offrir des meilleurs salaires pour attirer les Québécois», a-t-il déclaré en mêlée de presse. 

Selon l’analyse du premier ministre, dans tous les pays industrialisés, il est de plus en plus difficile de combler les emplois «où il y a moins de valeur ajoutée, qui sont moins bien payés, qui sont à temps partiel, par exemple seulement pour la portion de l’été». 

«Il faut comprendre là, si on dit à un Québécois: « Est-ce que vous préférez un emploi à 15 piastres de l’heure ou à 30 piastres de l’heure? », c’est certain qu’il aime mieux un emploi à 30 piastres de l’heure. Donc, ceux qui offrent des emplois à 15 ou même à 12 dollars de l’heure, ils vont avoir de la difficulté.»

Par ailleurs, le premier ministre a de nouveau souligné l’importance pour lui de mieux choisir, intégrer et franciser les immigrants.

Il déplore que le taux de chômage soit plus élevé chez les nouveaux arrivants que dans le reste de la population. L’année dernière, a-t-il ajouté, la moitié des nouveaux arrivants ne parlaient pas français.

«Nous, on est en négociation avec le gouvernement fédéral pour exiger la réussite d’un test de français pour tous les nouveaux arrivants», a-t-il rappelé.

Problème démographique, selon le Conseil du patronat

Le Conseil du patronat fait une tout autre lecture de la situation. Son président, Yves-Thomas Dorval, affirme que les entreprises québécoises font face à un problème qui est démographique.

Ce n’est pas en améliorant les conditions de travail «que ça va créer tout à coup de la population», a-t-il ironisé lors d’une entrevue téléphonique, mercredi.

«Il y a une mathématique incontournable, dit-il. On a moins de personnes qui rentrent sur le marché du travail que de gens qui quittent. Il y a 1,4 million de postes à combler pour les dix prochaines années. Ce ne sont pas les chiffres du Conseil du patronat, ce sont les chiffres du gouvernement du Québec, des fonctionnaires, des spécialistes, des experts!»

«Il y a un nombre limite de Québécois pour ces postes-là», a-t-il martelé. 

M. Dorval affirme que le Québec a besoin d’un minimum de 60 000 immigrants par année pour combler les besoins du marché du travail. «Vous savez, il y a 250 000 entreprises au Québec, et il y en a 90 pour cent qui disent qu’il y a des problèmes de main-d’oeuvre. Il doit y en avoir quelques-uns là-dedans qui ne doivent pas être à côté de la ‘track’.»

Il se demande si le gouvernement est vraiment à l’écoute des groupes qui ont présenté leur avis en commission parlementaire. «Si le gouvernement a déjà fait son nid, alors là, on ne devrait pas faire une consultation, ça ne donne rien», a-t-il renchéri. 

De son côté, le porte-parole libéral en matière d’immigration, Monsef Derraji, affirme que le premier ministre est «complètement déconnecté de ce qui se passe sur le terrain».

«Depuis le début des consultations, ce que j’ai entendu, c’est que la main-d’oeuvre n’existe pas au Québec et on part la chercher à l’international. Il n’y a personne qui m’a dit que la main-d’oeuvre existe au Québec et on va la former», a-t-il déclaré en entrevue.

Caroline Plante, La Presse canadienne