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Des compensations de 1,75 G$ versées aux producteurs laitiers canadiens

Des compensations de 1,75 G$ versées aux producteurs laitiers canadiens
Photo: La Presse canadienne/Adrian WyldLa ministre de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau

COMPTON, Qc — À deux mois des élections, Ottawa a finalement débloqué les sommes qui seront versées aux producteurs laitiers canadiens pour compenser la perte de parts de marché cédées dans les accords de libre-échange avec l’Europe et les pays d’Asie et du Pacifique.

La ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a annoncé vendredi que les quelque 11 000 producteurs laitiers canadiens, dont environ la moitié sont au Québec, se partageront 1,75 milliard $ sur huit ans, dont 345 millions $ seront disponibles dès cette année.

Les sommes seront allouées en fonction des quotas de chaque producteur. À titre d’exemple, un producteur moyen qui compte 80 vaches dans son troupeau recevra 28 000 $ dès la première année.

La ministre s’est toutefois défendue de poser un geste électoraliste, invoquant la complexité du dossier pour justifier le délai avant d’arriver à cette enveloppe: «En termes de mécanismes financiers, il y a une grande complexité. Les producteurs laitiers, d’oeufs, de volaille, chacun avait ses préférences en termes de mécanisme financier aussi. Donc toute cette complexité vraiment technique (…) c’est ça qui explique aussi les délais, donc ce n’est pas l’échéancier électoral tant que ça», a-t-elle affirmé.

Dernière fois?

La ministre Bibeau, qui a fait l’annonce vendredi sur une ferme de Compton, en Estrie, a ajouté que les discussions se poursuivent pour le versement de compensations similaires auprès des producteurs de volaille et d’oeufs, qui sont aussi sous gestion de l’offre et qui ont également vu les gouvernements successifs céder des parts de leurs marchés dans des négociations de libre-échange. Sans donner plus de détails, elle a indiqué que ces compensations seraient disponibles «le plus rapidement possible».

Mme Bibeau a également promis qu’une éventuelle ratification de l’accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique se traduira par un programme similaire. Plus encore, elle a affirmé que ces concessions seraient les dernières si son parti était reporté au pouvoir.

«Afin que l’ensemble de l’économie canadienne puisse continuer à prospérer, c’est à contrecoeur que nous avons dû céder des parts de marché à nos plus importants partenaires commerciaux, mais ceci, en protégeant les piliers du système de la gestion de l’offre», a-t-elle d’abord déclaré, alors que plusieurs producteurs s’étaient présentés pour l’annonce.

Puis, elle a ajouté que «comme le premier ministre l’a dit en janvier dernier, aucune autre part de marché laitier ne sera cédée dans les prochains accords de libre-échange que nous négocions», une promesse accueillie avec plaisir par son auditoire.

Mme Bibeau n’a toutefois pu donner d’assurance sur le maintien des sommes au-delà des 345 millions $ de la première année si les libéraux ne sont pas reportés au pouvoir: «On ne peut pas prendre de décision pour un futur gouvernement. Le 345 millions $ (…) ça, c’est attaché, ça ne bouge pas. Pour le reste, on a l’intention de livrer la marchandise quand on va revenir.»

Producteurs satisfaits

Le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron, a accueilli avec satisfaction le programme de compensations, mais a surtout retenu la dernière promesse de la ministre: «On a eu une annonce qu’il n’y aurait pas d’autres concessions. C’est très important pour les producteurs à travers le Canada.»

Il a toutefois rappelé que ces compensations portent sur huit ans, mais qu’après ces huit années, la perte de huit pour cent du marché sera toujours en cours: «Les pertes sont à perpétuité, ça n’arrêtera pas dans le temps. C’est pour ça que les montants sont importants, c’est important que la première année il y ait un plus gros montant.»

«C’est à nous, maintenant, les producteurs, d’investir correctement pour faire face à ces défis de l’avenir, mais c’est sûr que la perte est à l’infini», a-t-il conclu.

Son vis-à-vis québécois, Bruno Letendre, abondait dans le même sens: «On n’a jamais dans une négociation 100 pour cent de ce qu’on demande. Ce qu’on veut surtout, c’est qu’il n’y ait plus de concessions.»

PCC: électoralisme

Le porte-parole conservateur en matière d’agriculture, Luc Berthold, n’a pas manqué de sauter sur l’occasion pour accuser le gouvernement libéral d’électoralisme, n’en déplaise à la ministre Bibeau.

Dans un communiqué, M. Berthold a qualifié de «honteux» le délai qu’il a fallu aux libéraux pour débourser la compensation.

«Si Justin Trudeau soutenait vraiment les secteurs sous la gestion de l’offre, il aurait annoncé une indemnisation il (y) a des années, pas juste avant les élections», s’est insurgé le député.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a réclamé rien de moins qu’un rappel de la Chambre afin de permettre aux députés d’adopter les crédits nécessaires.

Dans son communiqué, M. Blanchet soutient que sans cette manoeuvre, l’enveloppe annoncée par la ministre n’est «qu’une promesse électorale» et que le programme annoncé ne peut voir le jour sans que la «Chambre vote un projet de loi de crédit à cet effet». Le dernier budget libéral a toutefois déjà prévu une enveloppe à cette fin.

Le NPD, pour sa part, n’a pu s’empêcher de revenir à la charge pour condamner la décision du gouvernement de céder des parts de marché des productions sous gestion de l’offre aux producteurs étrangers.

Dans un communiqué conjoint, le porte-parole néo-démocrate en matière d’agriculture, Alistair MacGregor et son adjointe Ruth Ellen Brosseau promettent à leur tour de «ne plus jamais ouvrir de nouvelles brèches lors de futures négociations de libre-échange». Ils reprochent par ailleurs au programme annoncé vendredi de ne pas couvrir entièrement les pertes des producteurs et de ne pas représenter un engagement clair au-delà de la première année.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse canadienne