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Présumé néonazi dans l’armée: l’état-major était au courant, selon Vance

Présumé néonazi dans l’armée: l’état-major était au courant, selon Vance
Photo: Lars Hagberg/La Presse canadienneL'armée canadienne va renvoyer une équipe au Mali le mois prochain.

OTTAWA — Les liens présumés d’un réserviste du Manitoba avec un groupe néonazi n’avaient pas «échappé» à l’état-major militaire, qui s’y est intéressé des mois avant que les médias n’en parlent, a soutenu jeudi le général Jonathan Vance.

Le chef d’état-major de la défense a évoqué pour la première fois le cas du caporal-chef Patrik Mathews, alors que certains se demandent si l’armée en fait assez pour lutter contre les groupes haineux et l’extrême droite dans ses rangs. M. Vance a lancé jeudi un sévère avertissement à ceux qui espèrent utiliser les Forces canadiennes comme un terrain d’entraînement ou un vecteur pour répandre leur «ignoble idéologie».

«Nous sommes une institution sérieuse qui prend des mesures sérieuses pour protéger les Canadiens, le pays et notre mode de vie», a-t-il déclaré à l’issue d’une cérémonie d’installation du nouveau commandant du personnel militaire des Forces armées. «Nous ne sommes pas un lieu où des amateurs dérangés peuvent pratiquer leur ignoble idéologie. Et nous ne l’accepterons pas. Nous réagirons et nous serons proactifs, lorsque nous le pourrons. Mais je vous assure que nous réagirons.»

Le sapeur de combat Mathews, du 38e Groupe-Brigade du Canada, basé à Winnipeg, a rencontré ses commandants pour la première fois en avril pour discuter de «ses propos», a précisé jeudi le général Vance, sans donner plus de détails. Lundi, le quotidien «Winnipeg Free Press» avait lié le militaire à un groupe néonazi.

Le réserviste Mathews a ensuite demandé à quitter les Forces armées alors que des responsables militaires avaient ouvert une enquête officielle sur ses activités. Selon le général Vance, cette enquête était en cours en juillet, quelques semaines avant la publication de l’article du «Winnipeg Free Press».

«L’Unité de contre-espionnage des Forces canadiennes avait déjà commencé à s’occuper de lui au moment où cette histoire a éclaté», a-t-il déclaré. «Je suis heureux de dire que ça ne nous avait pas échappé.»

Le caporal-chef Patrik Mathews n’a pas été arrêté ni accusé d’aucun crime et le général Vance n’a fourni aucun autre détail, invoquant les lois sur la protection de la vie privée et l’enquête en cours.

Enquête de la GRC

La Gendarmerie royale du Canada aurait aussi mené sa propre enquête, mais la police fédérale s’est contentée d’indiquer qu’elle avait mené une perquisition lundi dans une résidence de Beauséjour, au Manitoba, où elle a saisi plusieurs armes.

Les inquiétudes quant à la présence de groupes haineux et extrémistes au sein de l’armée existaient bien avant les allégations visant M. Mathews — notamment depuis la publication d’un rapport militaire interne sur la question et après plusieurs incidents très médiatisés. Dans le rapport du renseignement de l’armée, en novembre dernier, on apprenait que 30 militaires actifs avaient des liens avec des groupes haineux ou l’extrême droite.

Ces inquiétudes ont ensuite suscité des questions sur la capacité de l’armée à gérer ce problème, d’autant plus que certains de ces groupes extrémistes encouragent justement leurs membres à acquérir une formation militaire ou à recruter dans l’armée. Certains experts ont recommandé de resserrer le «filtrage» des nouvelles recrues et de lancer une campagne de sensibilisation à l’intention des officiers, afin de mieux identifier ceux qui seraient associés aux groupes haineux ou à l’extrême droite.

Le nouveau commandant du personnel militaire, le vice-amiral Haydn Edmundson, estime toutefois qu’il peut être difficile de filtrer efficacement les recrues pour leur comportement haineux et leurs croyances.

«On pourrait faire un filtrage très détaillé qui pourrait durer très longtemps, mais on doit respecter la loi», a expliqué M. Edmundson, dont les nouvelles fonctions de commandant du personnel militaire prévoient notamment la supervision du recrutement. «Mais ce qu’on peut faire, c’est de poser les bonnes questions (…) pour saisir au moins l’essence de qui ils sont. Et ensuite, une fois qu’ils sont admis, on peut observer leurs gestes.»

Lee Berthiaume, La Presse canadienne