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12:08 9 septembre 2019

Végane, trans et pro-symboles religieux, elle ferme son café en raison de «commentaires haineux»

Végane, trans et pro-symboles religieux, elle ferme son café en raison de «commentaires haineux»
Photo: Gracieuseté/La Cantine véganeLe café végétalien La Cantine végane était situé à Val-David, dans les Laurentides.

Anglophone, transgenre, queer, anti-Loi 21 et végane: la propriétaire d’un café déplore les attaques envers sa personnes et ses opinions politiques. Au point où celle-ci compte fermer son établissement et quitter le Québec.

D’abord lancé comme service à domicile à Montréal, la Cantine végane a entrepris son déménagement vers la municipalité de Val-David, dans les Laurentides, en août 2018. Les mois de mars et d’avril dernier ont été l’occasion pour Sophia Banks, une chef transgenre native de Toronto, de mettre en place une cabane à sucre végétalienne.

«Ça a eu beaucoup de succès, donc nous étions excités», se remémore-t-elle en entrevue avec Métro, lundi.

L’ouverture officielle du café végan s’est faite en juin. On y vendait des tacos véganes et du «fauxmage», du fromage végétalien. À ce moment déjà, de premiers signes négatifs sont apparus dans les environs de l’établissement.

«Dès la première semaine, quelqu’un a laissé un oiseau mort sur notre perron, avance Mme Banks. Il y avait du vandalisme, comme des déchets sur notre patio, des bouteilles cassées. Quelqu’un nous a cambriolé.»

«Il y avait du vandalisme toutes les semaines», affirme-t-elle.

Dans cette photo, on peut voir des détritus laissés sur le patio du café. Le banc en bois aurait aussi été dévissé du mur. «Je ne sais pas si ce sont des adolescent ennuyés ou quelque chose de plus odieux», s’est demandé Sophia Banks sur Twitter.

La mairesse de la municipalité de Val-David, Kathy Poulin, déplore la perte du restaurant. «L’histoire derrière cette fermeture-là est d’une très grande tristesse, convient-elle. C’est la première fois que je vois un commerce quitter Val-David dans un contexte aussi dommage.»

La Loi 21 dans le débat

«Critique» depuis le tout début de la Loi 21 sur la laïcité de l’État, Mme Banks, a publié un texte en opposition au texte de loi au début du mois d’août. Elle y critiquait une loi «raciste, oppressante et juste affreuse».

La propriétaire du restaurant, Sophia Banks
La propriétaire du restaurant, Sophia Banks

La propriétaire du restaurant croit que ces propos ont «rejoint des gens de l’extrême-droite».

«Nous avons commencé à recevoir de fausses critiques du restaurant. Des critiques transphobes, me disant de retourner chez moi, que je n’étais pas bienvenue au Québec», soutient-elle.

Mme Banks, arrivée au Québec il y a quatre ans, a entre autres reçu un message privé la traitant de «québécophobe raciste» et la poussant à «retourner chez [elle]». Dans une critique de son restaurant sur Facebook, un utilisateur refuse de recommander la café, arguant que le «commerce méprise publiquement sa clientèle».

«Exprime des opinions affreuses, reçoit des critiques affreuses», ajoute un utilisateur. Un autre message appelle à «dire non à l’idéologie des genres».

Une «combinaison» de raisons

Sophia Banks ne se sent plus «en sécurité» dans son café, d’où la fermeture. Elle considère que les commentaires haineux proviennent d’une «combinaison d’éléments».

«Je suis anglophone dans une petite ville francophone, je suis queer, je suis transgenre, c’est un café végan», énumère-t-elle.

La mairesse de Val-David aurait souhaité que cette affaire soit confiée à la Sûreté du Québec (SQ), afin d’en apprendre plus sur les motivations des vandales.

«Malheureusement, elle a refusé, confie Kathy Poulin. Donc on n’a pas pu aller plus loin dans l’interprétation du vandalisme. […] Il faut éviter les conclusions hâtives.»

Selon Mme Banks, l’intervention de la police n’était pas nécessaire. Elle croit avoir affaire «à un problème social plus large qui ne pourrait pas être résolu en arrêtant et en punissant des gens».

Inquiétée par le climat de crise dans les marchés publics de Montréal, Sophia Banks a décidé de simplement quitter le Québec. Elle tentera de relancer son établissement sur l’Île Saltspring, non loin de Vancouver.