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Les traitements contre le cancer peuvent être dangereux pour le coeur

Les traitements contre le cancer peuvent être dangereux pour le coeur
Photo: Getty Images/iStockphoto

MONTRÉAL — Les traitements contre le cancer peuvent menacer la santé cardiovasculaire à long terme des survivants, préviennent deux nouvelles études, dont une canadienne.

Des chercheurs de l’Hôpital pour enfants malades de Toronto écrivent ainsi dans le journal médical Circulation que les enfants ayant survécu à un cancer multiplient par trois leur risque de problème cardiaque. Leur risque d’insuffisance cardiaque est quant à lui décuplé, si on le compare à celui d’enfants n’ayant jamais eu de cancer.

Près de 3 pour cent des survivants ont été victimes d’au moins un problème cardiaque, comparativement à moins de 1 pour cent pour les autres. Les auteurs de l’étude n’ont toutefois pas été en mesure de tenir compte de facteurs comme le tabagisme, la sédentarité, l’alimentation ou la consommation d’alcool.

«On est de plus en plus conscients que les patients qui sont traités pour un cancer sont à risque (de maladies cardiovasculaires)», a dit la docteure Hanane Benbarkat, une cardiologue de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont qui pratique la cardio-oncologie.

Les survivants à un cancer pédiatrique semblaient aussi être plus vulnérables à des problèmes métaboliques comme le diabète, l’hypertension et l’hypercholestérolémie.

Dans un même ordre d’idée, des chercheurs du London School of Hygiene & Tropical Medicine ont constaté que les survivants à 18 des 20 cancers étudiés augmentaient de deux à dix fois leur risque de caillot sanguin, dépendant du type de cancer. Le risque diminuait au fil du temps, mais demeurait élevé cinq ans après le diagnostic.

Les survivants de la moitié des 20 cancers étudiés présentaient aussi un risque plus important de cardiomyopathie et d’insuffisance cardiaque. Cette étude — qui regroupait plus de 630 000 Britanniques, dont plus de 100 000 survivants — est présentée comme l’une des plus vastes jamais complétées à ce sujet.

«Ça dépend de la chimiothérapie qui va être utilisée et il y a des molécules qui sont connues pour donner des effets cardiaques, a dit la docteure Benbarkat. Différentes chimiothérapies vont avoir différents impacts. Un classique, c’est un médicament qui s’appelle l’anthracycline et qui est donné pour plusieurs cancers (…) et ces médicaments-là vont avoir un effet toxique sur le muscle cardiaque, ce qui va faire que le muscle cardiaque va s’affaiblir.»

Effets réversibles… ou pas

Les effets néfastes sur le coeur des molécules utilisées en chimiothérapie pourront être réversibles, mais pas toujours.

«Le trastuzumab [qui est utilisé contre le cancer du sein, NDLR] est connu pour donner des effets réversibles, a-t-elle expliqué. Le coeur peut s’affaiblir et nous on donne des médicaments pour le renforcer, essayer que le patient passe au travers de sa chimio pendant un an. Avec cette molécule-là, heureusement les patients vont récupérer leur fonction normale.

«Mais malheureusement il y a d’autres chimiothérapies que si le coeur s’affaiblit, c’est irréversible. On va leur donner des médicaments, on va essayer de les supporter, mais malheureusement le coeur ne récupérera possiblement jamais.»

Dans certains cas, la chimiothérapie pourra être suspendue si on constate que le coeur a été trop affaibli, pour donner le temps au cardiologue d’intervenir et de le renforcer pour permettre la suite du traitement.

Mais même un coeur en santé à la fin du traitement n’est garant de rien.

«Les effets secondaires peuvent survenir quelques années plus tard, mais on ne le sait jamais, a prévenu la docteure Benbarkat. C’est pour ça qu’avec les patients qui ont eu des chimiothérapies qu’on appelle « toxiques», surtout les anthracyclines, il faut sensibiliser les médecins de première ligne à savoir que si le patient a reçu ce type de molécule là, il peut être correct pendant quelques années, et on ne peut jamais prédire quand le coeur va s’affaiblir. Ce sont des patients qui doivent être suivis.»

La médecine de précision (ou médecine personnalisée), qui permet de cibler le traitement le plus approprié pour le patient en fonction de son profil génétique et du profil génétique de sa maladie, offre aussi des possibilités intéressantes en cardio-oncologie.

«Le but est de prédire qui va réagir à cette chimiothérapie, qui va avoir un coeur affaibli, est-ce que c’est monsieur X ou monsieur Y? Des tests génétiques (…) pourraient nous dire que ce patient-là, avec ce profil-là, sera à plus haut risque de développer (un problème cardiaque)», a expliqué la docteure Benbarkat.

Jean-Benoit Legault, La Presse canadienne