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Laïcité: Legault demande un engagement des chefs fédéraux

Laïcité: Legault demande un engagement des chefs fédéraux
Photo: La Presse canadienneFrançois Legault

OTTAWA — Sitôt les élections fédérales déclenchées, le premier ministre François Legault demande un engagement aux chefs en campagne: qu’ils renoncent à contester devant les tribunaux la loi québécoise sur la laïcité de l’État.

La revendication du premier ministre caquiste fait écho aux déclarations du chef libéral Justin Trudeau, qui lançait sa campagne mercredi matin: il estime qu’il serait «contreproductif», «pour l’instant», que le gouvernement fédéral intervienne dans la contestation de la loi québécoise sur la laïcité devant les tribunaux.

M. Trudeau a assuré qu’il surveille de près les contestations citoyennes. Il n’a pas voulu dire s’il espérait que cette bataille juridique se rende jusqu’en Cour suprême. Il n’a toutefois pas hésité à exprimer, une fois de plus, son opposition personnelle à cette loi.

Au sortir du conseil des ministres à Québec, M. Legault a pour sa part fait valoir que la loi avait été votée «de façon légitime» par deux partis qui représentent la majorité de l’électorat québécois, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois, et que l’opinion publique était en faveur.

«Je demande à tous les chefs fédéraux de prendre l’engagement de ne pas participer à aucune contestation judiciaire de la loi 21 (…), pas juste maintenant, mais pour de bon», a-t-il déclaré, en refusant de commenter directement les propos de M. Trudeau.

La Loi sur la laïcité de l’État — connue avant son adoption comme le projet de loi 21 — interdit le port de signes religieux à certains employés de l’État lorsqu’ils sont dans l’exercice de leurs fonctions, notamment les policiers, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison, ainsi que les enseignants des écoles publiques du primaire et du secondaire.

M. Trudeau n’a jamais caché son désaccord face à cette loi adoptée sous bâillon par le gouvernement Legault en juin dernier.

«J’ai toujours été extrêmement clair. Je ne pense pas qu’il y a un Québécois qui ne sait pas que je suis en désaccord avec cette loi 21 et que ma responsabilité, en tant que premier ministre, c’est toujours d’assurer la défense des droits de tous les Canadiens», a-t-il réitéré, mercredi.  

«Je ne pense pas que dans une société libre, on doit légitimiser ou permettre la discrimination contre quiconque. Je suis très content que des Québécois eux-mêmes sont en train de contester cette loi en cour», a-t-il ajouté.

De passage à Québec, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a dénoncé l’attitude de M. Trudeau qui a laissé entendre, «de façon très claire», à son avis, qu’il allait éventuellement utiliser «l’argent des Québécois» pour contester la loi sur la laïcité.

Selon M. Blanchet, il est «inacceptable» que le chef libéral laisse la porte ouverte à cette option.

Confronté à la même question lors de ses deux points de presse du premier jour de la campagne électorale, le chef conservateur Andrew Scheer a assuré qu’un gouvernement conservateur ne s’en mêlerait pas.

«Nous n’avons aucune intention d’intervenir dans cette cause. C’est clair que les élus du Québec ont fait leur décision et maintenant ceux qui sont contre ce projet de loi ont fait un appel dans les cours, ça c’est leur droit. Et les cours vont trancher. Mais une chose qui est très claire, c’est qu’un gouvernement conservateur ne va jamais poursuivre cette direction au niveau fédéral», a-t-il dit en français.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, qui porte un signe religieux, est d’avis que cette loi est «divisive» et le rend «triste». Il dit se reconnaître dans l’histoire de plusieurs jeunes personnes qui déplorent ne pas pouvoir exercer leur métier au Québec. Il n’a pas dit si Ottawa devrait participer aux tentatives d’invalider cette loi.

Deux groupes de défense des libertés civiles et religieuses et une étudiante en sciences de l’éducation qui porte un hidjab, Ichrak Nourel Hak, ont déjà entamé des recours judiciaires pour tenter de suspendre, puis d’invalider la loi.

À la mi-juillet, un juge de la Cour supérieure, Michel Yergeau, a rejeté leur demande de suspension de la loi sur la laïcité de l’État. Il avait alors tranché que la loi continuerait de s’appliquer jusqu’à ce qu’un tribunal se prononce sur le fond de l’affaire. En août, la Cour d’appel du Québec a accepté de se pencher sur la demande d’injonction.

Catherine Lévesque et Patrice Bergeron, La Presse canadienne