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Carmant reconnaît manquer de données sur le esport et son impact sur les élèves

Carmant reconnaît manquer de données sur le esport et son impact sur les élèves
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienneLe ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

QUÉBEC — Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, accepte que les programmes de sport électronique (esport) prolifèrent même s’il reconnaît manquer de données sur cet enjeu.

«On a besoin de plus d’information, a-t-il concédé, lundi, lors d’un point de presse à Québec concernant la prévention des dépendances chez les jeunes. Les données qu’on a présentement, c’est sur les enfants de moins de cinq ans, le temps d’exposition à l’écran. On a vraiment besoin de plus d’information.»

Pourtant, plusieurs écoles québécoises ont commencé à se doter de programmes en esport. C’est le cas entre autres de l’école secondaire Édouard-Montpetit et du Collège du Mont-Saint-Anne.

À Québec, l’Académie Sainte-Marie — qui est en pleine période de recrutement d’élèves pour l’année prochaine — annonce qu’elle sera «fière d’accueillir la première cohorte d’élèves dans la ville de Québec au niveau secondaire en esport» en 2020-2021. 

Ce programme permettrait aux jeunes de développer des compétences en stratégies de jeu, en communication et travail d’équipe, de suivre un programme d’entraînement physique et de saines habitudes de vie ainsi qu’être sensibilisés à la cyberdépendance. 

Dans son cadre de référence de la compétence numérique, présenté en avril dernier, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, se montre ouvert aux jeux vidéo à l’école.

Or, bien des questions subsistent. Le sport électronique peut-il vraiment être considéré comme un sport? Doit-on craindre la cyberdépendance pour les jeunes les plus vulnérables? Qu’est-ce que la dépendance aux écrans, au juste? 

Le ministre Carmant, qui est neuropédiatre, dit vouloir tenir un forum sur cet enjeu en 2020. Il rappelle que le ministère de l’Éducation a déjà créé une chaire de recherche «pour voir l’impact de ces nouveaux programmes». 

Entre-temps, il accepte le déploiement du programme esport dans les écoles du Québec. «Ça va être fait de façon surveillée, affirme-t-il, sans donner de détails. C’est une population ciblée que le ministère de l’Éducation vise, donc je crois qu’ils sont en contrôle de la situation et qu’ils vont faire tout ce qu’il faut pour s’assurer qu’il n’y ait pas de dérapages.»

Pas question pour l’instant de tenir une commission parlementaire pour étudier les effets des jeux vidéo, comme le réclame le Parti libéral du Québec (PLQ). «C’est sûr qu’on va monitorer l’impact du esport», assure M. Carmant.

«Il faut voir si les programmes qui sont en place vont répondre aux questions que les familles se posent, que les gens dans la communauté se posent. (…) Si par la suite ça prend une commission parlementaire, bien on verra.»

7,5 millions $ pour prévenir les dépendances

Le ministre participait, lundi, au Forum international de santé publique sur le cannabis, à Québec. Il a annoncé un investissement de 7,5 millions $ pour soutenir les organismes communautaires dans leurs interventions auprès des jeunes en milieu scolaire.

L’objectif est de mieux dépister les dépendances à l’alcool, à la nicotine, aux drogues et aux écrans, en garantissant la présence d’un intervenant en dépendance 18 heures par semaine dans chaque école secondaire du réseau, a-t-il dit.

C’est l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID) qui assurera la coordination du projet, autant dans les écoles publiques que privées. 

À l’heure actuelle, selon le ministre Carmant, moins de 10 pour cent des élèves qui présentent un risque de dépendance sont repérés.

«Dépendamment de la sévérité du problème, il y a un accompagnement qui va se faire de façon personnalisée, a-t-il déclaré. On veut repérer tous ceux qui sont à risque pour les aider à atteindre leur plein potentiel.»

Le ministre a dû admettre, toutefois, qu’il n’a pas ajouté de mesures de prévention dans son projet de loi 2, qui hausse l’âge légal pour consommer du cannabis à 21 ans. L’étude détaillée étant terminée, le projet de loi devrait être adopté incessamment.

Caroline Plante, La Presse canadienne