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Un regroupement réclame une stratégie nationale sur le suicide des jeunes

Un regroupement réclame une stratégie nationale sur le suicide des jeunes
Photo: istockUn regroupement réclame une stratégie nationale sur le suicide des jeunes.

WINNIPEG — Des défenseurs des droits des enfants de partout au pays exhortent le gouvernement fédéral à élaborer une stratégie nationale pour faire face à ce qu’ils qualifient de «crise du suicide chez les jeunes».

«J’ai vu des parents et des membres de familles submergés par le chagrin devant le suicide d’un enfant», a déclaré Del Graff, président du Conseil canadien des défenseurs des enfants et des jeunes. «Nous devons trouver des moyens d’arrêter cela: il est temps d’agir.»

Le regroupement, qui compte des membres de presque toutes les provinces et tous les territoires, dont la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, a publié mardi un document de recherche sur le suicide chez les jeunes, lors d’une réunion nationale à Winnipeg.

M. Graff, qui est aussi directeur du Bureau du défenseur des enfants et des jeunes de l’Alberta, a souligné que le suicide était la deuxième cause de mortalité chez les jeunes Canadiens, et que ces taux étaient les plus élevés chez les enfants et les jeunes Autochtones. Pourtant, le Canada est le seul pays du G7 à ne pas s’être doté d’une stratégie nationale en cette matière.

«Nos enfants continueront de se suicider tant que le Canada n’aura pas pris des mesures concrètes pour obéir à l’impératif moral et économique d’investir auprès de nos enfants dans le cadre d’une stratégie nationale de prévention du suicide», lit-on dans le rapport du Conseil.

Dans le cadre de la campagne électorale fédérale en cours, M. Graff encourage tous les chefs de parti à préciser comment ils s’attaqueraient à ce fléau. «Les Canadiens sont en droit d’exiger davantage», a-t-il soutenu.

Des défenseurs des enfants et des jeunes de partout au pays se sont intéressés chacun de leur côté à des taux de suicide alarmants dans leur région, a précisé M. Graff. Le rapport publié mardi regroupe toutes ces recherches et donne un aperçu plus global de la situation à l’échelle nationale. Le rapport indique notamment que les traumatismes de l’enfance et l’expérience vécue auprès du système de protection de l’enfance jouent un rôle dans ce phénomène; beaucoup de jeunes ont le sentiment de ne pas être entendus.

Il est difficile d’évaluer combien d’enfants et de jeunes sont touchés au pays, selon les auteurs, en raison du nombre insuffisant de rapports et du manque de cohérence dans la manière dont les informations sont colligées. Entre 2013 et 2017, on estime toutefois qu’au moins 1174 jeunes Canadiens âgés de 8 à 19 ans se sont enlevé la vie.

Le conseil souhaite notamment qu’Ottawa rende obligatoire le signalement des suicides et des tentatives de suicide, et qu’il établisse une collecte de données concertée entre les provinces et territoires. Les défenseurs des droits des jeunes affirment également que le gouvernement fédéral doit collaborer avec les communautés autochtones, qui présentent des taux de suicide plus élevés.

Lisa Broda, directrice adjointe au Bureau du défenseur des enfants et des jeunes de la Saskatchewan, rappelle ainsi que dans sa province, les filles autochtones étaient 29 fois plus susceptibles de se suicider que les filles non autochtones — les garçons six fois plus. En 2016, six jeunes filles de 10 à 14 ans se sont enlevé la vie dans le nord de la Saskatchewan.

Au Manitoba, une Première Nation a récemment déclaré l’état d’urgence à la suite de quatre suicides et 22 tentatives au cours de l’été seulement.

Kelly Geraldine Malone, La Presse canadienne