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Jour 10: bannir les armes d’assaut et s’excuser, ou pas, pour ses erreurs passées

Jour 10: bannir les armes d’assaut et s’excuser, ou pas, pour ses erreurs passées
Photo: Andrew Lahodynskyj/La Presse canadienneJustin Trudeau

OTTAWA — Au dixième jour de la campagne, vendredi, l’équipe libérale a déballé une de ses plus importantes promesses, celle d’un plus grand contrôle des armes à feu. Mais la manoeuvre n’a pas réussi à détourner tout à fait l’attention des épisodes passés de «blackface» de Justin Trudeau.

Pas plus que la promesse conservatrice d’achats d’un milliard et demi de dollars d’équipement pour les hôpitaux n’a permis à Andrew Scheer de faire oublier qu’il ne s’est toujours pas excusé pour son discours de 2005 où il s’en prenait au mariage des conjoints de même sexe.

Le chef libéral était à Toronto pour promettre d’interdire toutes les armes d’assaut s’il est réélu. Il s’est également engagé à restreindre l’accès aux armes de poing, en donnant ce pouvoir aux villes qui veulent interdire ces armes sur leur territoire.

Le premier ministre ontarien Doug Ford s’oppose à ce que pareil pouvoir soit entre les mains des villes. Ce qui donne l’occasion parfaite aux libéraux de s’en prendre à tous les conservateurs.

«Il y a des politiciens conservateurs qui veulent affaiblir le contrôle des armes à feu. Les libéraux, nous, on veut resserrer le contrôle des armes à feu», a déclaré M. Trudeau, décrivant la première option comme un recul et la sienne comme un pas en avant.

«Les leaders de grandes villes et de petites villes comme Valérie Plante et John Tory (…) nous ont dit très clairement qu’ils veulent plus d’outils pour pouvoir restreindre les armes de poing», a-t-il rappelé.

À Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, à la première heure, M. Scheer n’avait pas hésité à s’en prendre à la promesse libérale avant même qu’elle ne soit faite.

«C’est facile de demander aux Canadiens qui respectent déjà les lois de se soumettre à d’autres lois. C’est difficile de s’en prendre aux criminels et aux armes illégales. Les conservateurs sont prêts à faire le travail difficile qui améliorera la sécurité dans nos communautés», a-t-il dit.

Retour sur le «blackface» de Trudeau

Justin Trudeau a dû essuyer une nouvelle critique, de Washington, celle-là. Donald Trump a dit vendredi matin qu’il était «surpris», et «même encore plus surpris du nombre de fois» que M. Trudeau s’est prêté à la pratique du «blackface».

Invité à réagir à cette nouvelle remontrance, M. Trudeau a répondu qu’il se concentrait sur les Canadiens issus de communautés minoritaires et qui subissent de la discrimination. C’est à eux, a-t-il dit, qu’il voulait s’excuser.

«Je m’engage à continuer d’être un allié et de continuer à travailler contre l’intolérance et la discrimination ici au Canada et partout dans le monde», a-t-il répété.

M. Trudeau s’apprêtait, vendredi, à parler directement au chef néo-démocrate Jagmeet Singh pour lui présenter personnellement des excuses.

«On va avoir une conversation privée», s’est contenté de confirmer M. Singh, de passage à Essex, en Ontario.

Au moment où son rival libéral multiplie les actes de contrition pour se faire pardonner les «blackfaces» de son passé, le chef conservateur refuse de s’excuser pour un discours passé que la communauté LGBTQ juge offensant.

Pour la deuxième journée consécutive, Andrew Scheer a préféré contourner la question lorsqu’on lui a demandé pourquoi il ne s’était toujours pas excusé pour un discours contre le mariage des conjoints de même sexe, fait aux Communes en 2005.

Il y a un mois, les libéraux ont déterré la vidéo de ce discours aux Communes de M. Scheer pour l’embarrasser.

«J’ai déjà répondu à cette affaire de discours», s’est-il borné à dire, vendredi matin.

Questions d’argent et d’environnement

«Comme premier ministre, je vais investir un milliard et demi de dollars pendant notre premier mandat pour remplacer les vieux appareils d’IRM (imagerie de résonance magnétique) et de TDM (tomodensitométrie) et accroître le nombre d’appareils dans le système de santé canadien», a promis M. Scheer.

M. Singh, lui, est revenu sur sa promesse d’une assurance-médicaments nationale.

De son côté, le Bloc québécois a courtisé les victimes de catastrophes naturelles en s’engageant à demander au gouvernement fédéral de permettre aux sinistrés d’inondations imputables aux changements climatiques de puiser dans leur REER pour les travaux de réparation, de restauration ou de rénovation de leurs résidences endommagées, et ce, sans pénalité fiscale et sous réserve d’un remboursement dans les 15 ans.

De passage à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, vendredi, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a aussi proposé que ceux dont les maisons sont condamnées à la suite de tels sinistres puissent avoir droit au Régime d’accès à la propriété selon les mêmes paramètres.

«Il s’agit d’une démarche qui est à la fois empreinte d’une grande compassion, dont nous avons grand besoin dans ce genre de circonstances et aussi d’un sens des responsabilités dont nous sommes convaincus qu’il saura interpeller tous les partis à la Chambre des communes afin que de telles mesures puissent être mises en oeuvre rapidement», a-t-il dit après avoir rencontré des citoyens durement affectés par les inondations du printemps dernier dans cette municipalité.

Le Bloc demande également à ce que ces deux mesures soient rétroactives au 6 mai 2017 pour couvrir également les victimes des inondations d’il y a deux ans.

À une semaine de la grande manifestation sur le climat, la leader du Parti vert a participé à une marche pour le climat à Calgary.

«Ici, cette ville, c’est une grande partie de l’industrie fossile et c’est nécessaire de parler avec tout le monde d’une façon gentille et ouverte», a déclaré Elizabeth May, entourée de manifestants.

Pendant ce temps, son leader adjoint, Daniel Green, en entrevue avec La Presse canadienne, clarifiait enfin la position de son parti sur la possible utilisation des sables bitumineux de l’Ouest pour rendre le Canada autosuffisant sur le plan énergétique.

Mme May, a dévoilé en mai dernier son plan d’action climatique intitulé «Mission possible» qui prônait, entre autres, la consommation du pétrole produit au Canada, en attendant que le pays ne soit plus dépendant des énergies fossiles.

Le pétrole canadien provient essentiellement des sables bitumineux. Son extraction est particulièrement polluante. La «Mission possible» de Mme May s’était donc attiré les foudres, entre autres, du Parti vert du Québec.

Vendredi, M. Green a assuré qu’il n’est pas question d’encourager l’utilisation du pétrole des sables bitumineux. Resterait-il donc dans le sol? «Oui», a-t-il répondu sans hésiter.

Lina Dib, La Presse canadienne